Le Mans · Beaumont · Mayenne — IXe–XIe siècles
Entre Anjou, Normandie, Blois, Vendôme et Capétiens : l'histoire d'une principauté-charnière où comtes, vicomtes et évêques tissent des alliances contradictoires, et qui sera finalement absorbée parce que son système interne, plus que sa force militaire, l'a livrée à ses voisins.
Un territoire-charnière entre six puissances
Le Maine médiéval n'est pas une principauté isolée, mais un territoire-charnière entre plusieurs puissances : l'Anjou au sud, la Normandie au nord, Blois-Chartres à l'est, Vendôme et la vallée du Loir au sud-est, et, en arrière-plan, les rois carolingiens puis capétiens.
Son histoire repose sur un équilibre instable entre trois pouvoirs internes : les comtes du Maine, titulaires du pouvoir politique ; les vicomtes du Mans, grande aristocratie locale ; et les évêques du Mans, dont le rôle est à la fois religieux, seigneurial et politique. Les Angevins et les Normands ne dominent pas le Maine en terrain vide : ils exploitent au contraire les divisions internes d'une société aristocratique complexe, faite de parentés, d'alliances, de châteaux, d'évêchés et de fidélités concurrentes.
Les trois pouvoirs internes
Rorgonides au IXe siècle, puis Hugonides à partir de Roger époux de Rothilde, fille de Charles le Chauve. Héritage carolingien transformé en pouvoir héréditaire.
Les vicomtes sont implantés en particulier autour du Mans. D'abord liés aux comtes, ils sont aspirés par l'Anjou. Les seigneurs de Château du Loir étaient liès à la maison de Blois dès l'époque du comte d'Anjou Geoffroy Grisegonnelle.
De Sigefroy à Vulgrin, ils sont tour à tour soutiens et adversaires des comtes. Contrôler l'évêché, c'est contrôler une partie de la ville et de la légitimité.
Rorgonides — Hugonides — Herbert éveille-Chien
Le Maine correspond au pagus Cenomannicus, centré sur Le Mans. à l'époque carolingienne, le comte est d'abord un agent royal. Mais avec l'affaiblissement du pouvoir central, les familles locales transforment progressivement cette fonction publique en pouvoir héréditaire.
La première grande maison est celle des Rorgonides, implantée au IXe siècle : liée aux Carolingiens, elle intervient dans les luttes contre les Bretons et les Normands. à la fin du IXe siècle, les Hugonides s'imposent avec Roger, époux de Rothilde, fille de Charles le Chauve. Cette alliance donne à la deuxième maison du Maine une forte légitimité carolingienne. Le lien avec les Robertiens se noue aussitôt : la fille de Roger épouse Hugues le Grand, ce qui place très tôt le Maine dans l'orbite des futurs Capétiens.
| Comte | époque | Fait majeur |
|---|---|---|
| Rorgonides | IXe s. | Première grande maison comtale ; lutte contre Bretons et Normands |
| Roger & Rothilde | fin IXe | Fondateurs de la maison hugonide ; légitimité carolingienne |
| Hugues Ier | v. 950 | Fidèle de Hugues le Grand ; vassal robertien majeur |
| Hugues II | après 960 | Tente de s'émanciper ; rupture avec Sigefroy et avec Hugues Capet |
| Hugues III | début XIe | Allié d'Eudes II de Blois contre Foulque Nerra |
| Herbert éveille-Chien | après 1015 | Pontlevoy 1016 ; capturé par Foulque Nerra en 1025 |
| Hugues IV | v. 1036–1051 | Mariage avec Berthe de Blois ; conflit ouvert avec l'Anjou |
| Herbert II | 1051–1062 | Vassal de Guillaume de Normandie ; mort sans enfant |
Les comtes hugonides tentent de maintenir l'autonomie du Maine, mais leur position devient de plus en plus difficile. Ils doivent composer avec les rois, les Angevins, les Blésois, les Normands, les évêques du Mans, les vicomtes et les familles de marche comme les Bellême. Leur pouvoir s'effrite par sa propre fragmentation interne autant que par la pression des voisins.
Raoul IV — Emma de Montrevault — le passage à l'Anjou
Les vicomtes du Mans ne sont pas de simples officiers secondaires. Ils forment une lignée aristocratique puissante, enracinée dans le Maine — autour du Mans, de Beaumont, du Lude, de Fresnay et de Sainte-Suzanne — et bientôt capable d'agir pour son propre compte.
Initialement, ils sont liés aux comtes du Maine. Mais à mesure que le pouvoir comtal s'affaiblit après 950, ils deviennent plus autonomes : ils passent progressivement sous l'influence des comtes d'Anjou, notamment grâce à leurs liens avec les vicomtes de Vendôme, eux-mêmes très liés aux Angevins.
Il faut donc voir les vicomtes du Mans comme un groupe charnière : ils restent manceaux, mais leurs alliances les attirent vers l'Anjou et le Vendômois. Le glissement est silencieux, mais décisif : la haute aristocratie du Maine se laisse progressivement aliéner à ses voisins, ce qui affaiblit d'autant la position des comtes.
Sigefroy — Avesgaud — Gervais — Vulgrin
On ne peut pas réduire les évêques du Mans à un parti constamment hostile aux comtes. Leur attitude varie selon les périodes, et l'évêché apparaît comme un enjeu fondamental : contrôler l'évêque, c'est contrôler une partie de la ville, des terres d'église, des réseaux de parenté et de la légitimité politique.
v. 955–995
Sigefroy (Seifrid) est d'abord proche du comte Hugues II, qui semble avoir soutenu son accession à l'épiscopat. Mais les relations se dégradent vers 980. Sigefroy rejoint alors les adversaires de Hugues II : Hugues Capet, les comtes d'Anjou et les comtes de Vendôme. Cette rupture sera lourde de conséquences territoriales (cf. section Vendôme).
996–1036
Neveu de Sigefroy et lié aux Bellême, Avesgaud est beaucoup plus nettement hostile au comte Herbert éveille-Chien. Son épiscopat accentue les tensions entre le comte du Maine, les Bellême et l'Anjou : l'évêché devient une pièce du dispositif anti-comtal.
1036–1055
Apparenté à la maison de Bellême, Gervais soutient Hugues IV, s'oppose à Herbert Bacon, et arrange surtout le mariage de Hugues IV avec Berthe de Blois, ce qui inquiète directement Geoffroy Martel d'Anjou. La réaction angevine sera brutale : Gervais sera emprisonné sept ans par Geoffroy.
après 1055
Geoffroy Martel fait obtenir l'évêché du Mans à Vulgrin, issu de la famille des vicomtes de Vendôme et fidèle des Angevins. L'Anjou ne se contente plus de dominer militairement : il contrôle aussi les institutions, en particulier l'évêché.
Foulque Nerra — Geoffroy Martel — le Mans et Château-du-Loir
L'Anjou est le voisin le plus constamment impliqué dans les affaires du Maine. Sa stratégie est double : pression militaire et pénétration par les réseaux locaux.
L'Anjou agit aussi par les personnes : Geoffroy Martel fait obtenir l'évêché du Mans à Vulgrin, issu de la famille des vicomtes de Vendôme et fidèle des Angevins. Cette nomination montre que l'Anjou ne cherche pas seulement à dominer militairement le Maine : il veut aussi contrôler ses institutions. La domination ne passe pas seulement par les armes, mais par les hommes placés aux postes-clés.
Guillaume — Herbert II — la révolte mancelle
La Normandie intervient plus tardivement, mais de manière décisive. Elle apparaît d'abord comme un recours contre l'Anjou, avant de se transformer en pouvoir dominant.
Cette solution défensive se transforme en conquête. Après la mort d'Herbert II en 1062, Guillaume revendique le Maine. Les seigneurs manceaux se révoltent, conduits par Geoffroy de Mayenne, et appellent Gautier de Vexin, parent par alliance des héritiers du Maine. Geoffroy le Barbu, comte d'Anjou, soutient naturellement ce mouvement. Guillaume mène alors une campagne sévère, prend les châteaux un à un, isole Le Mans, puis fait construire les forteresses du Grand et du Petit Mont-Barbet pour tenir la ville.
La domination normande reste cependant fragile. Après la révolte communale du Mans de 1069-1070, Foulques IV le Réchin rétablit l'influence angevine, avant que Guillaume ne reconquière le Maine en 1073. Le Maine devient ainsi un enjeu permanent entre l'Anjou et la Normandie — jusqu'à ce que l'Anjou des Plantagenêts réunifie un siècle plus tard les deux puissances rivales sous une seule couronne.
Trois familles de frontière — et le veritable facteur de fragilisation du Maine
Les comtes du Perche et surtout les seigneurs de Bellême sont essentiels pour comprendre la fragilisation du Maine. Ils occupent la zone de contact entre Maine, Normandie, Blois-Chartres, Anjou et domaine capétien : leur action, plus que celle des grandes puissances voisines, est ce qui ronge directement la frontière nord du comté.
Le Perche naît d'abord comme un dispositif blésois contre la Normandie : dans le conflit des années 960 entre Thibaud le Tricheur et Richard Ier, Rotrou, premier seigneur de Nogent, est un homme du parti blésois ; le comte du Maine et celui d'Anjou sont alors aussi alliés à Thibaud et avancent vers le Passais. Mais le même épisode produit l'effet exactement inverse : dans le camp normand, Yves de Creil reçoit Bellême, et le Saosnois, autour de Mamers, est détaché du domaine du comte du Maine. La constitution de Bellême et du Perche se fait dans une même crise, mais selon deux logiques opposées : Nogent-Perche comme rempart contre la Normandie, Bellême comme rempart contre Blois et ses alliés, dont le Maine.
A. Bellême — une seigneurie construite aux dépens du Maine
Les Bellême sont en outre apparentés aux vicomtes du Mans et obtiennent pendant une période l'évêché du Mans d'oncle en neveu. Cette double influence — seigneuriale par les châteaux, ecclésiastique par l'évêché — en fait un contre-pouvoir redoutable pour les comtes du Maine, qu'ils menacent simultanément sur trois fronts : le Saosnois, les châteaux frontaliers, et l'évêché du Mans.
Début XIe
Il passe une grande partie de son temps à lutter contre le comte du Maine pour conserver le Saosnois. Il fait construire le château de Domfront, position avancée à l'extrémité nord-ouest du comté manceau.
1031–1034
Son fils Robert Ier entre directement en guerre contre Herbert éveille-Chien. Il s'empare du château de Ballon, mais Herbert le reprend en 1031 et y enferme Robert, qui y meurt assassiné en 1033 ou 1034. La frontière Maine-Bellême n'est pas seulement une zone d'influence : c'est une guerre de châteaux.
Milieu XIe
Il poursuit la guerre du Saosnois contre le comte du Maine et contre Geoffroy de Mayenne. Mais son mariage avec Godehilde, fille de Raoul IV vicomte du Mans, montre que les Bellême ne se contentent pas de combattre : ils cherchent aussi à s'insérer dans le Maine par les alliances avec les grandes familles mancelles.
L'évêché
Sigefroi, lié aux Bellême, arrive sur le siège du Mans avec l'appui du roi Lothaire, d'Hugues Capet et du comte du Maine ; brouillé, il se réfugie à Vendôme et cède à Bouchard le Bas-Vendômois. Son neveu Avesgaud, frère de Guillaume Ier Talvas, est encore plus directement opposé au comte du Maine : possédant l'évêché du Mans et la seigneurie de La Ferté-Bernard, il fait bâtir une forteresse à Duneau près de Connerré. Herbert éveille-Chien la prend et la détruit ; Avesgaud se réfugie à Bellême et jette l'interdit sur le Maine.
1052 et après
La nièce d'Yves, Mabille de Bellême, épouse Roger de Montgomery, fidèle de Guillaume de Normandie. Dès 1052 elle possède Domfront, Alençon et le Saosnois ; quand Guillaume part conquérir l'Angleterre, il lui confie la garde du sud de la Normandie. Les Bellême passent ainsi de l'orbite capétienne-angevine à celle des ducs normands — et deviennent un instrument de la puissance normande sur la frontière méridionale de la Normandie.
v. 1100
La lutte Maine-Bellême se poursuit après la conquête normande, dans un contexte désormais anglo-normand et angevin. Robert II de Bellême est vaincu par Hélie de La Flèche, comte du Maine, à la bataille du Riollet.
1113–1125
Henri Ier Beauclerc arrête Robert II de Bellême, puis prend Bellême en 1113 avec l'aide de Rotrou III du Perche. Vers 1125, Henri attribue Bellême à Rotrou : la seigneurie est intégrée au comté du Perche. Alençon et Mamers/Saosnois restent toutefois aux descendants de Robert.
B. Le Perche — d'allié blésois à allié tactique du Maine
Le Perche est issu de la grande forêt du Perche, progressivement organisée en pouvoir seigneurial après l'effondrement de l'ordre carolingien et les invasions bretonnes et normandes. Deux ensembles distincts s'y forment : le comté du Perche, autour de Nogent et Mortagne, et la seigneurie du Perche-Gouët, plus au sud, autour de Brou et Montmirail (cf. partie C).
C. Le Perche-Gouët — la petite enclave blésoise
Au sud du Perche historique, au nord-ouest de Châteaudun, le Perche-Gouët est une petite région d'environ 40 km par 25 km. Sa ville principale est Brou ; les autres agglomérations significatives sont Authon-du-Perche, Montmirail, La Bazoche-Gouët, Luigny, La Chapelle-Guillaume, Dangeau et Alluyes ; Bonneval marque sa frontière à l'extrême est.
| Seigneur | Période | Faits majeurs |
|---|---|---|
| Guillaume Ier Gouët | † v. 1060 | Fondateur de la maison ; mariage avec Mathilde, héritière d'Alluyes ; influence sur Brou, Montmirail, La Chapelle-Guillaume, Arrou ; sans doute constructeur du château de Montmirail |
| Mathilde (veuve) | après 1060 | épouse en secondes noces Geoffroy de Mayenne : alliance nécessaire pour disposer d'un défenseur contre le seigneur de Nogent et les Normands |
| Guillaume II Gouët | † v. 1120 | Réchappe en 1062 d'une tentative d'empoisonnement par Mabille de Bellême (qui tue Ernault d'échauffour) ; lutte contre le comte du Perche (expéditions contre Dangeau et Brou) ; don de Saint-Lubin de Châteaudun à Saint-Père de Chartres en 1079 |
| Guillaume III Gouët | † v. 1140 | épouse Mabille, fille naturelle d'Henri Ier Beauclerc : indication d'une position désormais bien établie |
| Guillaume IV Gouët | † v. 1165 | Proche du comte Thibault IV de Blois, épouse sa fille Isabelle ; prend la croix après 1160, meurt en Terre sainte, enterré en Palestine |
| Mathilde & Hervé de Donzy | v. 1165–1180 | Face aux ambitions de Thibault V de Blois et du roi de France, Hervé cède ses droits à Henri II Plantagenêt qui s'empare de Montmirail : fin de l'existence autonome de la seigneurie |
Le Perche-Gouët illustre, à petite échelle, la même logique que le Maine : une seigneurie de marche, prise entre Blois, Perche, Bellême, Anjou puis Plantagenêts, qui finit par disparaître comme entité autonome au moment où Henri II Plantagenêt recompose à son profit tout l'Ouest français.
Le Perche est d'abord un voisin de frontière, parfois allié du Maine contre Bellême ; Bellême est au contraire une puissance de marche construite en partie aux dépens du Maine, oscillant entre Capétiens, Angevins et Normands, et dont l'action contribue directement à affaiblir les comtes du Maine avant la domination normande puis angevine.
— Synthèse sur les marches du nord
Hugues III et Eudes II — Berthe de Blois
Les comtes de Blois jouent un rôle surtout comme alliés des comtes du Maine contre l'Anjou et parfois contre les Capétiens.
Blois représente donc une alternative politique : pour les comtes du Maine, s'allier à Blois permet de résister à l'Anjou, mais cela les expose à la réaction conjointe des Angevins et des Capétiens.
Bouchard Ratepilate — le Bas-Vendômois — les vicomtes
Le rôle de Vendôme ne doit pas être considéré comme celui d'un simple voisin secondaire. Le comté de Vendôme devient un relais stratégique entre le Maine, l'Anjou, Blois et les Capétiens.
Cette donation transforme la géographie politique. Le Bas-Vendômois, avec Montoire, Lavardin, Trôo, Poncé, Ruillé et la vallée du Loir, devient une zone de contact entre Maine et Vendôme. L'évêque du Mans se donne ainsi un protecteur, tandis que les Bouchardides agrandissent leur comté aux dépens de l'espace manceau.
Le Vendômois devient donc un territoire de marche : il regarde vers le Maine, mais il est aussi lié aux Capétiens et bientôt à l'Anjou. Ce rôle est renforcé par les liens entre vicomtes du Mans et vicomtes de Vendôme, notamment autour de Raoul IV et de Raoul Payen, époux d'Agathe, fille du comte de Vendôme Foulque l'Oison.
Du IXe siècle au XIIIe — marche, alliée, puis frontière Plantagenêt-capétienne
Les relations entre la Bretagne et le Maine ne sont pas continues comme celles avec l'Anjou ou la Normandie. Elles sont plus irrégulières, mais décisives à certains moments. Le Maine sert tantôt de marche contre les Bretons, tantôt d'allié possible des princes bretons ou rennais contre l'Anjou et la Normandie.
A. IXe siècle — le Maine comme marche orientale face à la Bretagne
Au IXe siècle, le Maine appartient encore au système carolingien, gouverné notamment par les Rorgonides. Mais l'affaiblissement impérial après la mort de Louis le Pieux en 840 ouvre une période de guerres civiles et de pressions périphériques. La Bretagne, sous Nominoë puis Erispoë et Salomon, devient une puissance offensive : elle ne se contente plus de résister aux Francs, elle avance vers l'est — Rennes, Nantes, pays de Retz, et jusqu'aux confins du Maine.
Août 851
Après la victoire d'Erispoë sur Charles le Chauve au Grand-Fougéray, le traité d'Angers reconnaît aux Bretons le comté de Rennes et le pays de Retz. Nantes revient à Lambert.
852
Lambert est abandonné par Erispoë, chassé de Nantes, puis tente de s'établir en Mayenne. Il est vaincu et tué en 852 par Gauzbert, comte du Maine : le Maine joue alors un rôle militaire direct dans la résistance aux recompositions bretonnes et nantaises.
854
Charles le Chauve crée pour son fils Louis une marche à l'est de la Bretagne, comprenant le Maine : confirmation officielle de la fonction frontalière du comté, utilisé par le pouvoir carolingien comme espace de défense contre l'expansion bretonne.
865-866
La première incursion normande au Mans, en 865, se déroule avec l'appui des Bretons ; la ville est partiellement prise et pillée, puis à nouveau ravagée en 866 par les Normands de Hasting. Les Bretons apparaissent ici moins comme alliés du Maine que comme facteur de déstabilisation.
Après l'exécution de Gauzbert en 853, les Rorgonides participent aux grandes révoltes aristocratiques contre Charles le Chauve. Bretons, manceaux et grands de Neustrie se retrouvent parfois dans les mêmes coalitions. Mais Charles confie la défense de la Neustrie à Robert le Fort : le comte du Maine, Salomon de Bretagne et Louis le Bègue sont battus, et le roi de Bretagne finit par signer la paix. à la fin du IXe, le Maine est pris dans un triple jeu : défendre la frontière bretonne, résister aux Normands, et composer avec les Robertiens.
B. Xe siècle — relations aristocratiques et rapprochement avec Rennes
Au Xe siècle, les relations directes deviennent moins spectaculaires, mais elles ne disparaissent pas. Une branche liée à Rorgo, fils de Gauzlin, s'établit dans le nord-est de la Bretagne près de la frontière mancelle et s'y maintient jusqu'au XIIIe. Les relations Bretagne-Maine ne sont pas seulement faites de guerres : elles passent aussi par des implantations aristocratiques et des parentés de frontière.
C. XIe siècle — Nantes et Rennes comme contrepoids angevin
Au début du XIe, les liens deviennent dynastiques. Mélisende, fille de Hugues III du Maine, épouse Judicaël, comte de Nantes : la maison comtale mancelle se rattache directement à l'une des grandes familles bretonnes. Cette union révèle une stratégie : ne pas dépendre uniquement de Blois ou de l'Anjou. Mais en 996, Foulque Nerra obtient la suzeraineté sur le Maine du roi Robert II le Pieux : la relation Bretagne-Maine est désormais concurrencée par la relation Anjou-Maine, beaucoup plus structurante pour le siècle.
Après Herbert éveille-Chien, le Maine devient l'objet d'une rivalité vive entre Anjou et Normandie. La Bretagne n'est plus l'acteur principal, mais reste concernée : si la Normandie contrôle le Maine, elle renforce son front oriental contre la Bretagne ; si l'Anjou contrôle le Maine, la pression angevine se rapproche de Rennes, Nantes et des marches bretonnes. La Bretagne a donc intérêt à ce qu'aucune des deux puissances ne domine durablement le Maine. Sous Hugues IV (mariage avec Berthe de Blois), puis Herbert II en 1056 (qui se reconnaît vassal de Guillaume de Normandie), la marge de manœuvre se réduit. La conquête normande du Maine en 1063-1064 crée un bloc anglo-normand qui, après 1066, encercle largement la Bretagne orientale (Dol, Rennes, Fougères, Vitré).
D. XIIe-XIIIe siècles — Bretagne et Maine dans l'espace Plantagenêt puis capétien
Au début du XIIe, la succession d'Hélie de La Flèche rattache définitivement le Maine à l'Anjou : sa fille Ermengarde épouse Foulque V d'Anjou. Bientôt le Maine, l'Anjou et la Normandie se retrouvent dans le même ensemble politique, qui devient l'Empire Plantagenêt. La Bretagne ne fait plus face à des voisins distincts, mais à une puissance qui l'encercle partiellement.
Après 1204, Philippe Auguste conquiert la Normandie ; l'Anjou, le Maine et la Touraine passent également dans l'orbite capétienne. Le Maine cesse d'être l'enjeu de la rivalité Anjou-Normandie : il devient une province intégrée au système royal. La Bretagne conserve une autonomie ducale plus forte — notamment avec la maison de Dreux —, mais elle ne peut plus jouer aussi librement des rivalités entre Anjou, Normandie et Maine, désormais surveillés par la monarchie française. Le Maine, devenu plus royal, forme une zone de contact entre le domaine capétien et la Bretagne ducale.
Le Maine fut d'abord une barrière contre la Bretagne, puis un allié possible de Rennes et de Nantes contre l'Anjou ou la Normandie, avant de devenir, sous les Plantagenêtes puis les Capétiens, l'un des éléments du grand dispositif politique qui encadrait la Bretagne à l'est.
— Quatre phases, du IXe au XIIIe siècle
Carolingiens — Robertiens — Capétiens
Les rois de France interviennent d'abord comme souverains carolingiens. Le Maine est à l'origine une circonscription publique ; les comtes tiennent leur fonction du roi. Mais au IXe siècle, les guerres civiles, les révoltes aristocratiques, les attaques bretonnes et normandes affaiblissent le contrôle royal.
Le Maine n'est pas tombé sous la tutelle de l'Anjou puis de la Normandie simplement par faiblesse militaire : il a été progressivement absorbé parce que son propre système interne — comtes, vicomtes, évêques et familles de marche — était traversé par des alliances contradictoires avec toutes les puissances voisines.
— Conclusion générale
Comté, vicomtés, évêché et voisins
La carte ci-dessous figure le Maine et son environnement stratégique : la capitale comtale et épiscopale du Mans, les places vicomtales (Beaumont, Le Lude, Fresnay, Sainte-Suzanne, Mayenne), les marches contestées (Château-du-Loir, Bellême, Alençon, le Bas-Vendômois) et les capitales voisines.