Anjou — 1006–1060 — Comte de Vendôme & d'Anjou

Geoffroy II Martel

Fils de Foulque Nerra, « le Marteau » acheva en vingt ans l'œuvre de son père : vainqueur de Blois à Nouy, conquérant de la Touraine, du Maine et de Saumur, adversaire de Guillaume le Conquérant. Sous lui, l'Anjou devint la première puissance de l'Ouest — la fondation sur laquelle s'élèverait l'empire Plantagenêt.

1006Naissance à Loches
1040Comte d'Anjou
1044Victoire de Nouy
1060Mort à Angers
01

Le Marteau de l'Anjou

Fils de Foulque Nerra — comte d'Anjou de 1040 à 1060

Geoffroy II Martel naît à Loches en 1006, fils de Foulque III Nerra et de Hildegarde. Son surnom, « Martel » (le Marteau), dit assez sa manière de gouverner : en vingt ans de règne, il révèle une grande intelligence politique et militaire, doublée d'une vraie culture — c'est aussi un homme de lettres, protecteur de l'écolâtre Bérenger de Tours.

Là où son père Foulque Nerra avait bâti le réseau de forteresses et posé les fondations, Geoffroy conquiert : il transforme l'avantage castral en domination territoriale. à sa mort en 1060, l'Anjou est devenu la première puissance de l'Ouest de la France, maître de la Touraine, du Maine, du Vendômois, et longtemps du Poitou et de la Saintonge. C'est cet héritage qui, transmis de génération en génération, mènera à Foulque V puis aux Plantagenêts.

Sa vie privée fut mouvementée : marié en premières noces à Agnès de Bourgogne, veuve du duc d'Aquitaine Guillaume V le Grand, puis à Grécia, veuve du seigneur de Montreuil-Bellay, enfin à Adelais, une princesse allemande. Il n'eut lui-même aucun enfant : cette stérilité préparait la crise de succession qui déchirerait l'Anjou après lui.

Trois conquêtes majeures

Illustration : la Touraine
1044

La Touraine

La victoire de Nouy sur Thibault de Blois lui livre définitivement la Touraine, l'enjeu de trois générations de luttes contre la maison de Blois.

Illustration : le Maine
1051

Le Maine

Après vingt ans de lutte contre l'évêque Gervais et la cité du Mans, Geoffroy s'installe dans la capitale mancelle, étendant l'Anjou vers le nord.

Illustration : le Poitou
1033–1047

Poitou & Saintonge

Par son mariage avec Agnès de Bourgogne et la victoire de Moncontour, il domine un temps le Poitou et la Saintonge, implantant des seigneurs angevins jusqu'à l'Atlantique.

02

Le Tremplin Poitevin (1032–1047)

Agnès de Bourgogne — Moncontour — la guerre contre son père

Foulque Nerra ne se souciait guère de partager son pouvoir : le jeune Geoffroy se positionne donc lui-même. Son ascension commence le 1er janvier 1032 par un mariage décisif : il épouse Agnès de Bourgogne, veuve de Guillaume V le Grand, duc d'Aquitaine et comte de Poitiers. Cette union l'introduit dans les affaires du Poitou et de l'Aquitaine.

1032

Vendôme, Saintonge — et la guerre contre Foulque Nerra

La même année, profitant des dissensions entre sa sœur Adèle et le fils de celle-ci, Foulque l'Oison, Geoffroy s'empare du comté de Vendôme et de la Saintonge. Mais son désir de prendre par anticipation la tutelle de l'Anjou provoque une guerre contre son propre père Foulque Nerra — dont ce dernier sort vainqueur.

1033

La Victoire de Moncontour

Appuyé par des seigneurs poitevins comme le vicomte Geoffroy II de Thouars, Geoffroy bat à Moncontour le comte Guillaume VI de Poitiers. Il le garde prisonnier plus de trois ans et ne le relâche qu'en 1036 contre la cession de la Saintonge.

1040–1047

La Domination du Poitou

Avec Agnès, Geoffroy domine le Poitou et la Saintonge jusqu'en 1047. Leur principal instrument est la politique religieuse : ils fondent l'abbaye de la Trinité de Vendôme (1040) et l'abbaye aux Dames de Saintes (1047), dotant ces monastères de terres à mettre en valeur tout en conservant les droits du fondateur.

03

La Conquête de la Touraine — Nouy (1044)

L'héritage de Nerra — l'alliance royale — la défaite de Blois

A la mort de Foulque Nerra en 1040, Geoffroy devient maître d'une vaste région hérissée de forteresses : l'Anjou, l'est de la Touraine, le pays de Loudun, une partie de l'ouest du Berry, en plus de ses possessions antérieures (Vendôme, Saintonge). Il va achever l'œuvre de son père contre la maison de Blois.

En association avec le roi de France Henri Ier, qui lui transfère la suzeraineté de la Touraine, Geoffroy poursuit la lutte contre les comtes de Blois. Le 21 août 1044, il remporte la victoire décisive de Nouy, près de Saint-Martin-le-Beau. Thibault III de Blois, fait prisonnier, abandonne définitivement la Touraine à Geoffroy Martel. De nombreux anciens vassaux de Blois sont évincés, non seulement de Touraine mais des régions voisines : la maison de Blois ne réussira plus à y intervenir.

Le tournant de 1044 : la prise de Tours et de la Touraine marque l'aboutissement de plus d'un demi-siècle d'efforts angevins, commencés par Foulque Nerra dès 990. C'est un basculement majeur de la géographie féodale : l'Anjou contrôle désormais la moyenne vallée de la Loire. Sa montée en puissance inquiète désormais le roi Henri Ier lui-même, qui cesse de le laisser agir à sa guise.
04

La Longue Lutte pour le Maine

L'évêque Gervais — Château-du-Loir — l'excommunication

Si la Touraine tombe d'un coup, le Maine résiste. Geoffroy s'y heurte à un triple obstacle : une dynastie comtale locale populaire, l'évêque Gervais de Château-du-Loir (apparenté à la maison de Bellême) farouchement hostile, et la cité du Mans, capitale difficile à prendre.

La lutte avec Gervais dure plus de vingt ans. En 1047, une trahison permet à Geoffroy de capturer l'évêque, qu'il garde emprisonné sept ans malgré les menaces du pape. En 1048, il prend Château-du-Loir, établissant la jonction entre l'Anjou et le Vendômois. Son acharnement contre Gervais — et sa protection de l'hérétique présumé Bérenger de Tours, ainsi que sa vie privée — lui valent l'excommunication en 1049. La même année, audacieux, il assiège le roi de France dans Sainte-Maure de Touraine. Il s'installe enfin au Mans en 1051, et prend même la tutelle de Nantes en 1057.

05

Face à Guillaume de Normandie

Bellême, Alençon, Domfront — Varaville — la mort à Angers

Le grand rival du nord est le jeune duc de Normandie, Guillaume le Conquérant. Les deux princes les plus énergiques de l'Ouest se disputent les marches du Maine, dans un affrontement qui préfigure les guerres normando-angevines des générations suivantes.

Au début, Geoffroy enlève temporairement à Guillaume Bellême, Alençon et Domfront, mais le Normand les reprend. Inquiet de la montée en puissance du duc, le roi de France Henri Ier renverse ses alliances après 1050 et se rapproche de nouveau de Geoffroy d'Anjou. Mais Guillaume remporte sur la coalition franco-angevine la victoire de Varaville (1057) : il reprend Domfront et Alençon, et bâtit la forteresse d'Ambrières, en Mayenne, pour surveiller son adversaire.

Geoffroy Martel meurt le 14 novembre 1060, ayant revêtu l'habit monastique, à l'abbaye Saint-Nicolas d'Angers — l'une des fondations de son père. La même année meurt le roi Henri Ier. Profitant de la disparition du puissant comte d'Anjou et de la crise de succession qui suit, Guillaume enlève dès 1063 le Maine au nouveau comte : une partie de l'œuvre de Geoffroy est aussitôt menacée.

Avec Geoffroy Martel, la maison d'Anjou a trouvé un chef qui allait révéler en vingt ans une grande intelligence politique et militaire, et lui donner un destin de grande envergure.

06

Vendôme — le Comté basculé dans l'Anjou (1032–1050)

D'après Saint-Venant — la conquête, la Trinité, la vassalité angevine

Aucune ville ne porte plus durablement l'empreinte de Geoffroy Martel que Vendôme. Dans son Dictionnaire du Vendômois, l'historien Saint-Venant lui donne un rôle charnière : avant lui, le comté appartient encore à la tradition des anciens comtes vendômois et des Bouchardides ; après lui, il entre durablement dans la mouvance de l'Anjou.

Geoffroy n'arrive pas à Vendôme en étranger : le comté était déjà entré dans l'orbite angevine par le mariage d'Elisabeth de Vendôme, fille de Bouchard le Vénérable, avec son père Foulque Nerra. Leur fille Adèle d'Anjou, devenue comtesse de Vendôme, a pour fils Foulque l'Oison — dont Geoffroy est donc l'oncle maternel. Son intervention prend ainsi l'apparence d'un règlement de famille, né d'une crise successorale : lorsque Foulque l'Oison refuse de reconnaître les droits de sa mère Adèle, celle-ci fait appel à son frère Geoffroy.

Vers 1032

La Bataille d'Huisseau — la conquête

Geoffroy entre militairement dans le Vendômois et affronte son neveu dans la plaine d'Huisseau, au sud de Vendôme. Les troupes vendômoises se débandent ; Foulque l'Oison fuit auprès du roi Henri Ier. Geoffroy devient comte de Vendôme par droit de conquête — Saint-Venant en fait Geoffroy Ier, comte de 1032 à 1050. Fait notable, il en fait sa résidence ordinaire.

1035–1040

La Fondation de la Trinité

La tradition rapportée par Saint-Venant veut qu'une nuit, depuis le château qu'il habite avec Agnès de Bourgogne, Geoffroy ait aperçu trois flammes dans les prés en contrebas ; l'évêque de Chartres Théodoric y voit un appel à fonder un monastère dédié à la Sainte-Trinité. Commencée vers 1035, l'abbaye de la Sainte-Trinité est dédiée en 1040. Geoffroy y appelle des moines de Marmoutier et de Saint-Rimay et la dote richement en Vendômois, Touraine, Anjou et Saintonge.

1038

La Sainte-Larme & le Bras de Saint Georges

De Constantinople, Geoffroy rapporte la Sainte-Larme, déposée à la Trinité, et le bras de saint Georges, placé dans l'église du château. Cette église Saint-Georges, fondée par Agnès pendant son absence, est consacrée au patron des chevaliers et dotée d'un collège de douze chanoines. Vendôme devient un centre sacré et chevaleresque.

1050

La Restitution qui change tout

Geoffroy rend le comté à son neveu Foulque l'Oison — mais à deux conditions décisives : respecter les biens et privilèges de la Trinité, et reconnaître que Vendôme relève désormais féodalement de l'Anjou. Saint-Venant y voit l'« origine véritable » de la vassalité vendômoise : les appels de justice relèveront même de la cour de Baugé, en Anjou.

L'action de Geoffroy ne se limite pas à la Trinité. En réorganisateur, il redéploie tout le paysage monastique vendômois : il relève Saint-Georges-des-Bois en y établissant des chanoines réguliers, déclasse l'ancienne abbaye de Saint-Rimay, tombée en décadence et réduite au rang de simple prieuré, dont il répartit les moines entre la Trinité et Saint-Georges. La fondation de l'abbaye est aussi une opération foncière : à Prunay, il confisque des biens de la Villa Episcopi avant d'en donner l'église et le fief à la Trinité. Conquérir, redistribuer, hiérarchiser : la même logique qu'en Touraine et dans le Maine.

Un contre-pouvoir au cœur de la ville : en 1050, Geoffroy soustrait délibérément la Trinité à la vassalité des futurs comtes de Vendôme : l'abbaye ne relèvera que du Saint-Siège et de la protection directe des comtes d'Anjou. Dotée de biens, de privilèges et même de droits juridictionnels propres, elle devient un établissement quasi indépendant, planté au milieu de la ville comtale — une source durable de conflits. Son autorité ne s'éteint d'ailleurs pas avec la restitution : en 1057 encore, Geoffroy intervient comme arbitre pour imposer la paix entre Foulque l'Oison et le comte de Blois.

Avant Geoffroy Martel, Vendôme garde une autonomie dynastique héritée des anciens comtes ; après lui, le Vendômois entre durablement dans une structure féodale angevine et monastique.

— D'après Saint-Venant, Dictionnaire du Vendômois
07

Agnès de Bourgogne — l'épouse Régente

Duchesse d'Aquitaine, comtesse d'Anjou, régente et fondatrice (v. 995–1068)

Le 1er janvier 1032, Geoffroy Martel épouse Agnès de Bourgogne — bien plus qu'une alliance de circonstance. Veuve du duc d'Aquitaine, fille du comte Otte-Guillaume de Mâcon et de Bourgogne, issue par lui de la maison impériale lombarde d'Ivée, elle apporte au jeune comte angevin un sang de rang supérieur, un réseau aquitain et une énergie politique peu commune. Elle fut l'une de ces femmes que les généalogies masculines ont longtemps reléguées à l'arrière-plan, alors qu'elle exerça un pouvoir bien réel.

Née vers 995 à Dijon, Agnès épouse d'abord, vers 1016, Guillaume V le Grand, duc d'Aquitaine — l'un des princes les plus puissants et cultivés de son temps. Elle lui donne trois enfants, dont sa fille Agnès d'Aquitaine (dite Ala), qui épousera en 1041 l'empereur germanique Henri III : Agnès de Bourgogne devient ainsi belle-mère d'un empereur d'Occident, et assistera en 1046, au concile de Sutri, à la consécration impériale de sa fille — apogée de sa trajectoire. Veuve en 1030, sans titre propre, elle se remarie deux ans plus tard avec Geoffroy Martel pour assurer son rang et l'avenir de ses fils, qui n'étaient pas héritiers du Poitou.

La conquête du Poitou, œuvre commune : l'alliance porte aussitôt ses fruits militaires. Dès 1033, les troupes de Geoffroy, soutenues par les seigneurs aquitains ralliés à Agnès, envahissent le Poitou : le beau-fils d'Agnès, Guillaume VI, est capturé à la bataille de Moncontour, puis libéré contre rançon en 1036 et meurt sans héritier en 1038. Le comté revient alors au fils aîné d'Agnès, Pierre, devenu Guillaume VII Aigret. La conquête du Poitou est donc autant la sienne que celle de son mari.

1039–1044

Régente d'Aquitaine

Son fils Guillaume VII étant trop jeune pour gouverner, c'est Agnès qui exerce la régence d'Aquitaine, seule, sans même la présence de son mari. Les chroniqueurs notent qu'elle « gouvernait comme si elle seule commandait ». En 1044, elle transmet le pouvoir à Guillaume, le marie, et dote son second fils Guy-Geoffroi du duché de Gascogne : une politique de grande ampleur conduite par une femme de quarante-cinq ans.

1047–1049

Les Fondations Monastiques

Avec Geoffroy, Agnès fonde l'abbaye Notre-Dame (aux Dames) de Saintes en 1047, puis, seule, l'abbaye Saint-Nicolas de Poitiers en 1049 — sa fondation personnelle, bâtie de ses propres deniers, qui sera son lieu de sépulture. Le couple mène une véritable politique religieuse, instrument de leur pouvoir de l'Anjou à la Saintonge.

1049–1052

L'Annulation du Mariage

Le concile de Reims de 1049 condamne l'union comme incestueuse (consanguinité au 3e degré). S'y ajoutent l'irritation du roi de France — Geoffroy ayant envisagé de prêter serment à l'empereur germanique pour s'affranchir de sa suzeraineté, politique attribuée à l'influence d'Agnès — et des raisons dynastiques. Le mariage est annulé entre 1049 et 1052.

1052–1068

L'Influence sans le Titre

Séparée de Geoffroy, Agnès retourne à la cour de Poitiers auprès de son fils. En 1058, Guillaume VII repart en guerre contre Geoffroy — vraisemblablement parce que l'ex-comte avait attribué le douaire d'Agnès à sa nouvelle épouse Adélaïde. Agnès meurt le 10 novembre 1068 à Saintes, à soixante-douze ans, et repose dans sa fondation de Saint-Nicolas de Poitiers.

Duchesse d'Aquitaine, comtesse d'Anjou, mère d'un duc, d'un autre duc, et d'une impératrice : dans un siècle qui n'admettait le pouvoir féminin que comme exception provisoire, Agnès de Bourgogne en fit une réalité durable.

— Agnès de Bourgogne, v. 995–1068
08

à la Cour Impériale — la Carte Germanique (1045–1047)

Noël 1045 chez Henri III — Sutri & Rome — le rêve d'une vassalité impériale

En 1044, Geoffroy vient de remporter Nouy et d'annexer la Touraine : il est au sommet de sa puissance. C'est le moment qu'il choisit pour jouer une carte audacieuse — la carte impériale. à Noël 1045, accompagné de son épouse Agnès de Bourgogne, il se rend à la cour de l'empereur Henri III, le plus puissant souverain d'Occident.

Ce voyage n'est possible que grâce à Agnès : sa fille, Agnès (Ala) d'Aquitaine, a épousé Henri III en 1041 et va être couronnée impératrice. Geoffroy est donc le beau-père par alliance de l'impératrice du Saint-Empire : un lien qui lui ouvre des perspectives vertigineuses. Le cortège suit la cour impériale itinérante, puis descend en Italie : Geoffroy et Agnès assistent au concile de Sutri (décembre 1046), qui dépose trois papes rivaux et intronise Clément II, puis au couronnement impérial de Rome, le 25 décembre 1046, en la basilique Saint-Pierre. Au retour, en 1047, le couple fait un pèlerinage au Monte Gargano avant de fonder l'abbaye de Saintes.

Le rêve d'une vassalité impériale : au-delà du faste, l'enjeu pour Geoffroy est politique. Devenu trop puissant, il est suspect au roi de France Henri Ier, qui ne peut tolérer un vassal aussi étendu. Les chroniqueurs suggèrent que Geoffroy envisage de prêter serment à l'Empereur pour ses terres, afin de s'affranchir de la suzeraineté capétienne : un comte d'Anjou vassal de l'Empire serait hors d'atteinte du roi de France — une véritable révolution géopolitique. Aucune source ne prouve un serment formel, et la question reste débattue ; mais la vigueur de la riposte royale suggère que la menace fut prise au sérieux.

Car la réaction capétienne ne se fait pas attendre. Henri Ier de France, informé des manœuvres angevines, multiplie dès lors les coalitions contre Geoffroy — tantôt avec, tantôt contre la Normandie de Guillaume. Et l'influence impériale d'Agnès, longtemps un atout, devient un handicap : elle compte parmi les facteurs qui mèneront à l'annulation de leur mariage entre 1049 et 1052, le pouvoir royal et l'église voyant d'un mauvais œil ce couple tourné vers le Saint-Empire. La carte impériale, si brillamment jouée, se retourne ainsi contre celui qui l'avait abattue.

Un comte d'Anjou debout dans Saint-Pierre de Rome, aux côtés de l'empereur : au faîte de sa puissance, Geoffroy Martel rêva un instant de s'affranchir du roi de France en se plaçant sous l'aigle impérial.

— Le voyage impérial, 1045–1047
09

La Crise de Succession (1060–1109)

Geoffroy le Barbu & Foulque le Réchin — l'anarchie féodale

Geoffroy Martel n'ayant pas d'enfant, l'Anjou passe à ses deux neveux, fils de sa sœur Ermengarde et du comte du Gâtinais. Leur rivalité ouvre l'une des périodes les plus sombres de l'histoire angevine.

1060–1068

Geoffroy III le Barbu

L'aîné hérite de l'Anjou et de la Touraine en 1060. Mais son mauvais gouvernement, ses conflits avec le clergé (l'abbaye de Marmoutier, l'archevêque de Tours) et la perte de la Saintonge au profit de l'Aquitaine provoquent le soulèvement de son frère cadet.

1067–1068

La Guerre Fratricide

Foulque s'empare de Saumur (février 1067) puis d'Angers (avril 1067), capturant son frère. Réconciliés par le pape, ils se brouillent à nouveau : la bataille de Brissac (1068) livre définitivement Geoffroy le Barbu à son cadet, qui l'enferme à Chinon vingt-huit ans, jusqu'à ce qu'il en devienne fou.

1068–1109

Foulque IV le Réchin

Prince instruit — il fait rédiger en 1096 la Chronique des comtes d'Anjou —, mais son long règne voit triompher l'anarchie féodale : il doit soumettre un à un ses vassaux, céder le Gâtinais au roi, rendre hommage à Blois pour la Touraine. C'est lui qui, par son fils, donnera naissance à la lignée des Plantagenêts.

Vers les Plantagenêts : à la mort de Foulque le Réchin en 1109, son fils Foulque V le Jeune rétablit l'ordre, reconquiert le Maine et, surtout, marie son fils Geoffroy Plantagenêt à Mathilde d'Angleterre en 1128. De cette union naîtra Henri II et tout l'Empire Plantagenêt. La puissance bâtie par Foulque Nerra et Geoffroy Martel trouve ainsi, un siècle plus tard, son aboutissement impérial.
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Les Comtes d'Anjou (1040–1151)

De Geoffroy Martel à Geoffroy Plantagenêt

La lignée des comtes d'Anjou, de la mort de Foulque Nerra à l'avènement des Plantagenêts. Les noms en lien renvoient aux biographies détaillées.

ComteRègneFait majeurLien de parenté
Foulque III Nerra987–1040Le bâtisseur de châteauxPère de Geoffroy
Geoffroy II Martel1040–1060Conquête de la Touraine & du MaineFils de Foulque Nerra
Geoffroy III le Barbu1060–1068Déposé et emprisonné 28 ansNeveu de Martel
Foulque IV le Réchin1068–1109L'anarchie féodale ; la ChroniqueFrère du Barbu
Foulque V le Jeune1109–1129Comte, puis roi de JérusalemFils du Réchin
Geoffroy IV Plantagenêt1129–1151Conquête de la NormandieFils de Foulque V
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Carte — Les Conquêtes de Geoffroy Martel

L'Anjou, les batailles, les abbayes et les fronts du règne

La carte ci-dessous retrace l'expansion angevine sous Geoffroy Martel : le cœur du pouvoir à Angers, les grandes victoires (Nouy, Moncontour), les villes conquises (Tours, Le Mans, Saumur), les abbayes fondées et les fronts ouverts contre Blois, le Poitou et la Normandie de Guillaume.

Capitale & pouvoir angevin
Batailles & villes conquises
Abbayes fondées
Rivaux (Blois, Normandie)
Poitou & Saintonge
Voyage impérial (Rome)