En 987, Hugues Capet est élu roi de France. Ses descendants régneront sans discontinuer pendant plus de huit cents ans. Mais ce destin exceptionnel ne s'impose pas du premier coup : les six premiers rois capétiens gouvernent un domaine souvent plus faible que celui de leurs grands vassaux, et n'ont de cesse de consolider leur autorité face aux Normands, aux comtes de Blois et, à partir de 1154, à la puissance écrasante des Plantagenêts.
Repères de la période 987 – 1180
En 987, Hugues Capet est élu roi de France. Son grand-père et plusieurs membres de sa famille, les Robertiens, ont déjà été élus rois de ce pays. Pourtant cette date prend une signification particulière puisque les descendants d'Hugues Capet seront rois de France sans discontinuer pendant plus de 800 ans.
Leurs règnes coïncident avec le développement de la féodalité et le rétrécissement géographique des capacités d'action de ces rois. Finis les liens avec l'Allemagne et l'Italie. Aucun d'entre eux n'a eu un rayonnement dépassant la France, et encore ils se sont souvent concentrés sur la préservation de leur position et de leur patrimoine, essentiellement situé autour des régions d'Orléans et de Paris.
987–996
996–1031
1031–1060
1060–1108
1108–1137
1137–1180
1180–1223 ⚜
Hugues Capet — Le Fondateur
Fils de Hugues le Grand, Hugues Capet hérite en 956 de vastes possessions autour de Paris et d'Orléans. Il est élu roi de France en 987 par une assemblée de grands seigneurs, l'archevêque Adalbéron les convainquant du caractère électif et non héréditaire de la couronne et de l'insuffisance du dernier prétendant carolingien, Charles de Lorraine. Hugues est couronné à Noyon le 5 juillet 987.
Son règne est marqué par les tentatives de Charles de Lorraine pour reprendre la couronne avec l'appui d'Eudes Ier de Blois. Hugues bénéficie du soutien de Bouchard de Vendôme et de Foulque III Nerra, comte d'Anjou. En 988, Charles de Lorraine s'empare de Laon ; ce n'est que grâce à la trahison d'Ascelin, évêque de Laon, qu'il est finalement capturé et emprisonné à Orléans, où il meurt. La menace carolingienne est écartée définitivement.
Hugues meurt de la variole le 24 octobre 996. Sa grande innovation est d'avoir associé son fils Robert au trône dès décembre 987 — pratique qui permettra aux premiers rois capétiens de conserver la couronne dans la durée.
Robert II le Pieux
Né en 972 à Orléans, fils d'Hugues Capet et d'Adélaïde d'Aquitaine, Robert est éduqué par le célèbre Gerbert d'Aurillac — futur pape Sylvestre II. Ses conseillers sont les sommités du temps : Abbon de Fleury, Odilon de Cluny, Fulbert de Chartres.
Sa vie conjugale est agitée. Il épouse d'abord Rosala (qui lui apporte Montreuil-sur-Mer), puis Berthe de Bourgogne, veuve d'Eudes Ier de Blois — mariage non reconnu par le pape, Robert est excommunié et doit s'en séparer en 1001. Il épouse enfin en 1003 Constance d'Arles, parente du comte d'Anjou Foulques Nerra, qui revient ainsi dans l'entourage royal.
Sur le plan territorial, il récupère le duché de Bourgogne en 1015 après une longue lutte, et les comtés de Dreux, Paris et Melun. En 1023, Eudes II de Blois gagne la Champagne — l'encerclement du domaine capétien se resserre dangereusement. Robert est le premier roi de France à toucher les écrouelles, inaugurant le rituel royal du toucher thaumaturge qui durera jusqu'à Charles X.
Robert II est le premier Capétien à avoir fait brûler des Cathares à Orléans en 1022 — signe que la monarchie française s'érige déjà en gardienne de l'orthodoxie religieuse, rôle qui marquera profondément ses successeurs.
— Bilan du règne de Robert IIHenri Ier
Fils de Robert II le Pieux et de Constance d'Arles, Henri Ier est associé au trône en 1027 après la mort de son frère aîné Hugues. Dès son avènement, il fait face à la révolte de son frère Robert, soutenu par leur mère et par Eudes II de Blois. Henri se réfugie auprès de Robert le Magnifique, duc de Normandie, et bénéficie du soutien de Foulques Nerra d'Anjou et de son fils Geoffroy Martel.
Il épouse en 1043 Mathilde, fille de l'Empereur Henri III d'Allemagne, puis en 1051 Anne de Kiev, fille du Grand Duc de Russie Iaroslav Ier — union remarquable qui témoigne de l'ambition diplomatique des premiers Capétiens. De ce second mariage naît le futur Philippe Ier.
Henri Ier est d'abord protecteur du jeune Guillaume de Normandie (futur Conquérant) contre les barons normands, vaincus à Vals-les-Dunes en 1047. Mais Guillaume accroît sa puissance et Henri renverse ses alliances : en coalition avec Geoffroy Martel, il engage la lutte contre la Normandie. Guillaume remporte la victoire décisive de Varaville en 1058, s'assurant ainsi la liberté d'envahir l'Angleterre en 1066.
Le règne d'Henri Ier illustre la fragilité du domaine capétien face aux grandes principautés. Le roi parvient à s'imposer mais ne peut réprimer les grands féodaux qu'en jouant les uns contre les autres, stratégie risquée qui permit à Guillaume de Normandie de consolider sa puissance — avec les conséquences considérables qu'on sait pour l'histoire anglaise.
Philippe Ier
Né en 1053, fils d'Henri Ier et d'Anne de Kiev, Philippe est sacré à Reims en 1059, un an avant la mort de son père. N'ayant que sept ans à son avènement, la régence est exercée par son oncle Baudouin V, comte de Flandre.
Il épouse en 1072 Berthe de Hollande, dont il a un fils, le futur Louis VI. Mais en 1092, il répudie Berthe pour épouser Bertrade de Montfort, récemment divorcée de Foulques le Réchin, comte d'Anjou. Le pape Urbain II excommunie Philippe et Bertrade en 1095, ce qui explique pourquoi le roi de France est absent de l'épopée de la Première Croisade, lancée la même année au Concile de Clermont. En 1100, le pape jette l'interdit sur le royaume ; le roi finit par céder.
Philippe étend néanmoins le domaine royal : Gâtinais (1068), Montreuil-sur-Mer (1071), Vexin français et Gisors (1077), Vermandois et Corbie. La prise du château de Montlhéry en 1105 contribue à sécuriser le domaine. À partir de 1100, il laisse son fils Louis diriger le gouvernement. Il meurt en 1108 et est enterré à Saint-Benoît-sur-Loire.
Face à Guillaume le Conquérant devenu roi d'Angleterre, Philippe Ier ne peut le vaincre sur le terrain et tente de le gêner en développant des conflits entre Guillaume et ses vassaux, puis avec ses fils. En 1076, Guillaume doit lever le siège de Dol, limitant ses visées sur la Bretagne. Robert Courteheuse bat son père à Gerberoy en 1079 et cède Gisors à Philippe pour le récompenser. Son règne illustre bien la politique indirecte qui sera celle de tous les Capétiens face aux Plantagenêts : diviser pour survivre.
Louis VI le Gros — Le Bâtisseur de l'État
Né en 1081, fils de Philippe Ier et de Berthe de Hollande, Louis VI est victime dès son enfance de l'adversité de sa belle-mère Bertrade de Montfort, qui cherche à favoriser ses propres fils. Il est néanmoins associé au gouvernement du royaume à partir de 1100 et n'est sacré que le 3 août 1108 à Orléans, après la mort de son père, Bertrade ayant tout fait pour retarder ce couronnement.
Ses deux principaux conseillers sont Étienne de Garlande et surtout l'abbé Suger, figure capitale du règne. C'est Suger qui organise le mariage du prince Louis avec l'héritière du duché d'Aquitaine, Aliénor — coup diplomatique aux conséquences immenses.
Avant même de devenir roi, Louis s'attache à reprendre le contrôle du domaine royal contre des seigneurs pillards comme Hugues du Puiset (vaincu en 1118) et Thomas de Marle (tué en 1130 lors de la prise de sa forteresse à Coucy). Il intervient en Flandre en 1127 après l'assassinat du comte Charles le Bon. Sa lutte contre Henri Ier Beauclerc, duc de Normandie et roi d'Angleterre, tourne d'abord à son désavantage (défaite de Brémule en 1119), mais le naufrage de la Blanche Nef (25 décembre 1120) qui emporte les héritiers de Beauclerc retourne les alliances. Henri Ier arrange le remariage de sa fille Mathilde avec Geoffroy Plantagenêt, comte d'Anjou — genèse de la grande dynastie des Plantagenêts.
Le mouvement communal
C'est à l'époque de Louis VI que le mouvement d'émancipation des communes prend de l'ampleur. Les habitants des villes revendiquent leur liberté vis-à-vis des seigneurs locaux. Cette revendication prend souvent une expression violente : ainsi, en 1101 à Laon, les habitants forment une association (une Commune) et demandent à l'évêque-seigneur une réduction des impôts. Sans que le roi en soit l'initiateur, ce mouvement accompagnera et renforcera la centralisation capétienne, les bourgeois trouvant dans la protection royale un contrepoids à l'arbitraire seigneurial.
Sous Louis VI, le domaine royal se consolide non par de grandes conquêtes mais par une politique systématique de répression des seigneurs locaux — une tâche ingrate mais fondamentale pour la construction de l'État capétien.
— Analyse du règne de Louis VILouis VII le Jeune — La Croisade et le Divorce Fatal
Né en 1120, fils de Louis VI et d'Adélaïde de Savoie, il est sacré à Reims en 1131 et épouse en 1137 Aliénor d'Aquitaine — la femme la plus puissante d'Occident. Cette union spectaculaire fait du roi de France le suzerain théorique d'un vaste territoire du Poitou à la Gascogne, mais Aliénor en conserve le contrôle direct.
Ses premières années sont marquées par des conflits avec l'Église : il impose des évêques contre la volonté papale, provoquant la colère de Saint Bernard. En 1142, il envahit la Champagne et incendie Vitry, causant la mort de 1 300 personnes. La culpabilité de cet acte précipite sa décision de prendre la Croix.
La Deuxième Croisade (1147–1149) conduite avec l'Empereur Conrad III tourne au désastre : défaite de Pisidie, échec devant Damas, et une mésentente croissante entre Louis et Aliénor, accusée d'être trop proche de son oncle Raymond d'Antioche. Ils rentrent sur des bateaux séparés.
Le 21 mars 1152, le Concile de Beaugency annule leur mariage. Deux mois plus tard, Aliénor épouse Henri II Plantagenêt, qui ajoute ainsi le Poitou et l'Aquitaine à ses possessions normandes, angevines et mancelles. Quand Henri devient roi d'Angleterre en 1154, la catastrophe géopolitique est consommée pour Louis VII.
La confrontation avec Henri II Plantagenêt
Le 19 décembre 1154, Henri II Plantagenêt devient roi d'Angleterre, se trouvant à la tête d'un empire qui s'étend de l'Écosse aux Pyrénées. La situation est devenue catastrophique pour Louis VII. Pourtant, en 1156, Henri rend hommage au roi de France pour ses domaines français et, en 1158, ils signent un traité d'amitié. La paix est de courte durée : en 1159, Henri envahit le comté de Toulouse — Louis VII accourt pour défendre la ville, forçant Henri à se retirer.
Louis VII soutient les dissensions au sein de la famille Plantagenêt, exacerbées par Aliénor d'Aquitaine qui pousse ses fils à la révolte. Il joue aussi le rôle de médiateur lors du conflit entre Henri II et Thomas Becket, archevêque de Canterbury, réfugié en France de 1164 à 1170. L'assassinat de Becket le 29 décembre 1170 met Henri II en grande difficulté et conforte la position morale de Louis VII.
Le 1er novembre 1179, Louis VII fait couronner par anticipation son fils Philippe II, dont la santé permettra de redresser une situation dynastique compromise. Louis VII meurt le 18 septembre 1180.
Le divorce de Louis VII et d'Aliénor d'Aquitaine est l'un des actes les plus lourds de conséquences de l'histoire de France médiévale. Il donna à la monarchie anglaise les Plantagenêts et son empire continental — et alluma la mèche d'un siècle de conflits franco-anglais.
— Analyse du tournant de 1152Bilan — Deux siècles de fondation silencieuse
À première vue, les deux premiers siècles capétiens ressemblent à un échec : un domaine exigu, des vassaux plus puissants que le roi, des guerres perdues et, en 1152, le plus grand désastre diplomatique de leur histoire. Pourtant, sous ces apparences, une construction patiente s'opère.
La co-royauté comme clé de survie
Depuis Hugues Capet, chaque roi associe son fils aîné de son vivant, évitant les crises successorales qui avaient tué les Carolingiens. Cette pratique, répétée sans exception jusqu'à Philippe II Auguste, est la vraie raison de la permanence capétienne.
La progressive personnalisation du pouvoir royal
Sous Louis VI et Suger, l'administration royale se structure. L'abbé Suger pose les fondements d'une chancellerie digne de ce nom et pense le premier une idéologie du pouvoir royal en France — le roi comme protecteur des faibles et gardien de la paix. La reconstruction de la basilique de Saint-Denis en style gothique, voulue par Suger, donne sa nécropole royale à la monarchie française et affirme visuellement la continuité dynastique.
Chronologie récapitulative
987
Hugues Capet élu roi de France. Il associe son fils Robert au trône dès décembre.
1015
Robert II récupère le duché de Bourgogne après une longue lutte contre Eudes II de Blois.
1022
Robert II fait brûler des Cathares à Orléans — premier épisode d'inquisition royale française.
1051
Henri Ier épouse Anne de Kiev — lien diplomatique inédit avec la Russie kiévienne.
1058
Varaville : Guillaume de Normandie inflige une défaite décisive à Henri Ier, s'ouvrant la route de l'Angleterre.
1095
Philippe Ier excommunié par Urbain II — absent de la Première Croisade.
1108
Louis VI le Gros sacré à Orléans. Début de la reconquête du domaine royal contre les seigneurs pillards.
1120
Naufrage de la Blanche Nef : les héritiers d'Henri I Beauclerc disparaissent, retournant les alliances.
1128
Mariage de Geoffroy Plantagenêt avec Mathilde — genèse de l'Empire Plantagenêt.
1137
Louis VII épouse Aliénor d'Aquitaine. Suger assure le mariage et organisera la régence.
1147–1149
Deuxième Croisade — désastre militaire et rupture conjugale entre Louis VII et Aliénor.
1152
Concile de Beaugency — divorce de Louis VII et d'Aliénor. Deux mois plus tard, elle épouse Henri II Plantagenêt.
1154
Henri II Plantagenêt devient roi d'Angleterre. L'Empire Plantagenêt est à son apogée.
1170
Assassinat de Thomas Becket à Canterbury — retournement moral en faveur de Louis VII.
1179
Louis VII fait couronner par anticipation son fils Philippe II Auguste.
1180
Mort de Louis VII. Philippe II Auguste prend le pouvoir à 15 ans — la reconquête capétienne commence.