Aquitaine — France — Angleterre — vers 1122–1204
Héritière de l'un des plus vastes ensembles princiers de France, reine de France puis reine d'Angleterre, Aliénor fut au cœur de la formation et de la puissance de l'Empire Plantænet — une femme hors du commun dans un siècle d'hommes.
Héritière, reine, actrice majeure du XIIe siècle
Aliénor d'Aquitaine naît vers 1122, fille de Guillaume X, duc d'Aquitaine et comte de Poitou. À sa mort en 1137, elle hérite du duché d'Aquitaine, l'un des plus grands ensembles territoriaux du royaume de France. Elle devient successivement reine de France, puis reine d'Angleterre — situation presque sans équivalent dans l'histoire médiévale.
Dans l'histoire plantænet, Aliénor n'est pas une figure décorative. Elle apporte l'Aquitaine, renforce la légitimité de l'ensemble angevin, participe activement à la vie politique et donne naissance aux héritiers qui perpétueront la dynastie. Par son héritage aquitain, elle donne au pouvoir plantænet sa profondeur méridionale : sans elle, Henri II n'aurait pas dominé le plus vaste ensemble de l'Occident latin.
Trois figures en une seule vie
À quinze ans, Aliénor hérite d'un duché immense : Poitou, Périgord, Saintonge, Gascogne, une partie du Quercy. Elle est la femme la plus riche et la plus puissante d'Europe occidentale à la mort de son père. Sa dot est la misère des rois.
Aliénor est aussi une grande figure culturelle de son temps. Elle patronne les trouvères et troubadours, favorise la poésie courtoise et fait de sa cour de Poitiers l'un des foyers intellectuels les plus brillants du XIIe siècle.
Emprisonnée quinze ans par Henri II, libérée à sa mort, elle assume à plus de soixante-cinq ans la régence d'Angleterre, négociecie la rançon de Richard Cœur de Lion, réprime les révoltes et meurt à Fontevraud en 1204 à plus de quatre-vingts ans.
Poitiers, Bordeaux, Gascogne — du Poitou aux Pyrénées
À la mort de son père Guillaume X en 1137, Aliénor devient duchesse d'Aquitaine. Cette possession comprend un ensemble immense, centré sur Poitiers, s'étendant de la Loire aux Pyrénées : Poitou, Saintonge, Angoumois, Périgord, Gascogne, Quercy. C'est l'un des plus riches et des plus vastes duchés du monde franc.
Capital du duché d'Aquitaine et du comté de Poitou, Poitiers est la grande résidence des ducs depuis des générations. La Grand-Salle du palais ducal, l'église Notre-Dame-la-Grande et le baptère Saint-Jean témoignent de la richesse de la ville à l'époque d'Aliénor.
Capitale de la Gascogne et grand port atlantique, Bordeaux est l'un des centres commerciaux les plus actifs d'Europe. Le commerce du vin, des épices et des tissus en fait une ville considérable dont l'intégration dans l'Empire Plantænet transforme profondément les échanges avec l'Angleterre.
L'Aquitaine est la terre des troubadours et de l'amour courtois. Guillaume IX, grand-père d'Aliénor, était lui-même le premier grand poète troubadour. Aliénor hérite de cette culture et la propage jusqu'en Angleterre.
Louis VII — la Croisade — l'annulation du mariage
Dès 1137, à peine héritière du duché, Aliénor est mariée à Louis VII, futur roi de France. L'union est politique : le roi capétien espère intégrer l'immense duché aquitain dans sa mouvance. Pendant quinze ans, Aliénor est reine de France — mais l'Aquitaine ne se laisse pas absorber.
1137
Aliénor épouse Louis, fils du roi de France, le jour même où Louis VI meurt : elle devient reine de France en quelques heures. Elle a environ quinze ans. Le couple forme un écart de tempérament considérable : Louis est pieux et hésitant, Aliénor énergique et décidée.
1147–1149
Aliénor accompagne Louis VII lors de la Deuxième Croisade — fait exceptionnel pour une reine. La campagne est un échec militaire. Le séjour à Antioche, où Aliénor s'entretient longuement avec son oncle Raymond de Poitiers, donne lieu à des rumeurs et crée une tension irréparable avec Louis VII.
1152
Le concile de Beaugency prononce l'annulation du mariage pour cause de consanguinité. Aliénor retrouve sa pleine liberté et, surtout, récupère son duché d'Aquitaine. Louis VII perd en deux mois à la fois son épouse et les terres les plus vastes qu'il avait espéré intégrer au domaine royal.
J'ai épousé un moine, non un roi — aurait dit Aliénor de Louis VII. Vraie ou apocryphe, cette formule dit l'essentiel de l'incompatibilité entre la reine d'Aquitaine et le roi capétien.
Le mariage de 1152 — pilier de l'Empire Plantænet
Deux mois à peine après l'annulation, Aliénor épouse Henri Plantænet, duc de Normandie, comte d'Anjou, futur roi d'Angleterre. Elle a environ trente ans, Henri en a dix-neuf. Ce mariage foudroyant est l'un des actes politiques les plus décisifs du XIIe siècle.
Célébré à Poitiers le 18 mai 1152, ce mariage réunit l'héritage aquitain d'Aliénor et les possessions normandes et angevines d'Henri. Il crée d'un coup le bloc continental de l'Empire Plantænet, de la Manche aux Pyrénées.
Quand Henri devient Henri II roi d'Angleterre à la fin de 1154, Aliénor est couronnée reine à Westminster. C'est la deuxième fois qu'elle est couronnée reine — un cas unique dans l'histoire médiévale européenne.
Les tensions entre Henri et Aliénor culminent en 1173 : elle soutient la révolte de leurs fils contre leur père. Henri la fait prissonnière et la retient quinze ans dans des châteaux anglais. Elle n'est libérée qu'à la mort d'Henri II en 1189.
Présence, représentation & transmission dynastique
Aliénor est décrite par toutes les sources comme extrêmement active en politique. Dans l'Empire Plantænet, elle joue un rôle de premier plan dans la représentation du pouvoir, dans l'encadrement des territoires méridionaux et dans la transmission dynastique. Même emprisonnée, elle reste une figure centrale de la continuité et de la mémoire de l'ensemble plantænet.
1154–1173
Durant les premières années du règne d'Henri II, Aliénor gouverne réellement l'Aquitaine en son nom propre, supervise l'administration des territoires méridionaux, accompagne Henri dans ses déplacements et participe à la vie politique du royaume. Elle donne à Henri dix enfants en douze ans.
1168–1173
Aliénor installe sa propre cour à Poitiers, où elle règne en souveraine indépendante. Elle y patronne les troubadours, accègle son fils Richard comme duc d'Aquitaine et joue un rôle clé dans la formation du mouvement culturel de l'amour courtois. Sa cour devient le modèle de la civilité aristocratique européenne.
1189–1199
Après la mort d'Henri II en 1189, libérée à même, Aliénor assume la régence d'Angleterre pendant que Richard Ier part en Croisade. Elle négocié sa rançon colossale (150 000 marks d'argent) quand il est fait prisonnier en Autriche en 1192, et traverse l'Europe pour le récupérer. Elle a plus de soixante-dix ans.
1199–1204
Après la mort de Richard (1199), Aliénor travaille à assurer la succession de Jean sans Terre, son plus jeune fils. À plus de soixante-dix-huit ans, elle traverse les Pyrénées pour aller chercher en Castille une petite-fille à marier au Dauphin de France. Elle meurt à Fontevraud en 1204, deux mois après l'effondrement de la Normandie plantænet.
Aliénor est l'un des piliers essentiels de l'Empire Plantænet — par l'importance de ses terres, par sa présence politique et par les héritiers qu'elle a donnés à la dynastie. Ce n'est pas seulement Henri II qui « fait » l'Empire : Aliénor en est le pilier méridional.
— Aliénor d'Aquitaine, vers 1122–1204
Richard Cœur de Lion — Jean sans Terre — la transmission dynastique
Aliénor a dix enfants de son mariage avec Henri II. Parmi eux, deux fils deviennent rois d'Angleterre et deux filles épousent des rois. Sa fidélité à Richard Cœur de Lion est totale et indiscutable : c'est lui qui hérite de son amour pour l'Aquitaine, du goût de la chevalerie et de la force de caractère.
Le fils préféré d'Aliénor, duc d'Aquitaine avant d'être roi d'Angleterre. Grand chef militaire de la Troisième Croisade, capturé par le duc d'Autriche, libéré grâce à la régente Aliénor. Sa mort prématurée en 1199 fragilise l'ensemble plantænet.
Le plus jeune fils d'Aliénor et d'Henri II, roi après la mort de Richard. Son règne est marqué par la perte de la Normandie (1204) et la signature de la Magna Carta (1215). Aliénor œuvre activement pour lui assurer la couronne en 1199, malgré ses réserves.
Henri le Jeune Roi, couronné de son vivant du roi Henri II, et Geoffroy de Bretagne participent avec Richard à la grande révolte de 1173 contre leur père. Tous deux mourront avant Henri II, laissant Richard et Jean se partager l'héritage.
L'abbaye royale — les gisants — la sépulture d'Aliénor
Aliénor meurt en 1204 à l'abbaye de Fontevraud, où elle s'était retirée dans ses dernières années. Cette abbaye royale fondée en 1099 en Anjou, à la frontière du Poitou, est le lieu de sépulture de plusieurs membres de la famille plantænet et l'un des sites les plus émouvants de l'histoire médiévale française.
Fondée par Robert d'Arbrissel, l'abbaye accueille à la fois moines et moniales sous l'autorité d'une abbesse. Elle est l'une des plus grandes fondations religieuses du XIIe siècle et le lieu de rétraite choisi par Aliénor dans ses dernières années.
Le gisant d'Aliénor est l'un des plus célèbres de l'art médiéval. Elle y est représentée les yeux ouverts, un livre à la main — signe d'activité intellectuelle rarissime pour l'époque. Sa couronne est intacte. Elle symbolise à elle seule toute la détermination de la reine.
Classée au patrimoine mondial de l'UNESCO dans le cadre du Val de Loire, l'abbaye de Fontevraud est aujourd'hui un centre culturel majeur. Ses bâtiments romans, ses gisants et ses expositions en font l'une des visites essentielles du Val de Loire.
Les territoires, les villes et les lieux de sa vie
La carte ci-dessous représente schématiquement les quatre grands blocs de l'Empire Plantænet et les lieux clés liés au parcours d'Aliénor, de Poitiers à Westminster, de Bordeaux à Fontevraud.