Sur les coteaux de schiste qui dominent la Maine, Angers déploie depuis mille ans son visage de tuffeau blanc et d'ardoise bleue. Ici les comtes d'Anjou ont gouverné, ici les Plantagenêts sont nés, ici Saint Louis a dressé ses dix-sept tours rondes, ici se déploie la plus grande tapisserie médiévale au monde — la Tenture de l'Apocalypse. Ville d'art, capitale d'une terre où la France, selon Clemenceau, est plus France qu'ailleurs.
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~155 000habitants — intra muros
17tours du château
100 mde tapisserie de l'Apocalypse
1232début du château de Saint Louis
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Présentation
Métropole millénaire du grand Ouest
Angers est une ville d'environ 155 000 habitants (310 000 dans l'agglomération), agréable à vivre avec ses rues piétonnières, ses monuments et ses quartiers anciens en centre-ville. Elle est régulièrement classée parmi les villes où il fait bon vivre en France pour la qualité de son environnement urbain, ses espaces verts et sa douceur de climat.
La ville est située sur les deux rives de la Maine (qui regroupe les eaux des rivières Mayenne, Sarthe et Loir) à quelques kilomètres au nord de la Loire et à environ 100 km à l'ouest de Tours. Sa position géographique — verrou du grand bassin de l'Ouest et passage entre Bretagne et Val de Loire — en a fait, dès les temps les plus anciens, l'une des métropoles de l'Ouest de la France. La ville médiévale s'est développée sur la rive gauche (est) de la Maine, au pied du château ; la Doutre, sur la rive droite, conserve un autre quartier ancien très pittoresque.
Une ville universitaire et catholiqueAngers est aujourd'hui un pôle universitaire majeur du grand Ouest : l'Université d'Angers, dont l'origine remonte à 1356-1364 (l'une des plus anciennes de France, supprimée à la Révolution puis refondée en 1971), accueille près de 27 000 étudiants ; s'y ajoutent l'Université catholique de l'Ouest (UCO) fondée en 1875, l'École nationale supérieure d'arts et métiers installée dans l'ancienne abbaye du Ronceray, l'Agrocampus Ouest (sciences agronomiques), l'ESA et l'ESEO. Angers est aussi un haut lieu de l'Église en Anjou : au moment de la Révolution, la ville comptait cinq abbayes et près de cinquante églises. Elle reste siège d'évêché et capitale d'un diocèse rural très structuré.
La ville a un grand passé historique issu de sa situation de capitale du comté d'Anjou. Au Moyen Âge, les comtes d'Anjou ont joué un rôle important à la fois dans les royaumes de France et d'Angleterre (avec les Plantagenêts), mais aussi en Provence, dans le royaume de Naples, et même dans ceux de Hongrie et de Pologne. Au XVe siècle, le Roi René fait d'Angers l'un des centres intellectuels et artistiques de l'Europe ; cela se poursuit au XVIe avec le poète Joachim du Bellay, le juriste Jean Bodin (auteur des Six Livres de la République, 1576), et bien d'autres.
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La Maine
La rivière la plus courte de France — et la plus puissante
La ville d'Angers est traverseée par la Maine, rivière à la particularité unique en France : onze kilomètres seulement de longueur, mais résultant de la confluence de trois grandes rivières — la Mayenne au nord-ouest, la Sarthe au nord-est (qui reçoit elle-même le Loir) — qui se réunissent à Bouchemaine juste avant d'atteindre la Loire huit kilomètres en aval.
C'est donc une rivière conséquente qui se jette dans la Loire, amplifiant sensiblement l'envergure du fleuve. La Maine peut doubler le débit de la Loire en période de crue : c'est de loin son plus important affluent. L'ensemble du bassin Maine-Mayenne-Sarthe-Loir draine près de 22 000 km2 — soit l'équivalent du département de la Lozère à la Vendée réunis —, depuis les confins de la Normandie et du Maine-Perche jusqu'à l'Anjou.
Les ponts d'AngersLa Maine est franchie à Angers par plusieurs ponts antérieurs au XXe siècle. Le pont de Verdun (originellement « Grand Pont », attesté dès 1028 sous Foulque Nerra) est le pont historique de la ville, reconstruit à chaque crue majeure — les ponts successifs ont été emportés à plusieurs reprises par les crues, comme celle catastrophique de 1856. Le pont actuel date de 1855-1865. Le pont de la Basse-Chaîne, en aval, garde la mémoire d'une tragique catastrophe : le 16 avril 1850, le pont suspendu qui s'y trouvait alors s'effondra sous le poids d'un bataillon en marche cadencée : 226 soldats du 11e régiment d'infanterie légère y trouvèrent la mort, l'une des plus grandes catastrophes du XIXe siècle français. Cet accident provoqua un changement durable des règles de construction des ponts suspendus dans toute l'Europe et la fin de la marche au pas cadencé sur les ponts.
Aujourd'hui les quais de la Maine offrent de superbes panoramas : depuis la rive de la Doutre, on a la plus belle vue d'Angers — le château aux dix-sept tours, la cathédrale Saint-Maurice dressée sur sa colline, l'abbaye Saint-Aubin et son clocher de cinquante mètres. Plus en amont, le parc Balzac et le lac de Maine (220 hectares, aménagé en 1976) constituent l'un des grands espaces naturels péri-urbains de France, fréquenté pour la baignade, la voile et les promenades.
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Juliomagus — les Andes et les Romains
Aux origines de la ville
Avant la conquête romaine, le site était occupé par les Andes (ou Andécaves), peuple gaulois de l'Armorique méridionale dont l'oppidum dominait déjà le coteau au-dessus de la Maine. Strabon les mentionne : peuple agricole pratiquant l'élevage et le commerce avec les Bretons d'Armorique.
Juliomagus, capitale gallo-romaine des Andes
Sous Auguste, la cité nouvelle prend le nom de Juliomagus — le marché de Jules, en hommage à Jules César (le suffixe magus gaulois signifie « marché, lieu de rassemblement », comme à Noviomagus, Rotomagus = Rouen). La ville devient la capitale de la cité des Andes, partie de la Gaule Lyonnaise, puis à partir de la réforme de Dioclétien (fin IIIe), de la IIe Lyonnaise dont la capitale était Tours (Caesarodunum). Juliomagus se développe en ville romaine complète : forum, amphithéâtre, thermes (vestiges identifiés rue des Lices), temples, voirie quadrillée, aqueduc venant de Pruniers à sept kilomètres. La ville est un carrefour routier sur la voie reliant la Loire à l'Atlantique et à l'Armorique.
L'arrivée du christianisme — saint Aubin
Après les invasions germaniques de la fin du IIIe siècle qui ravagent la Gaule, la ville se replie sur un noyau fortifié : un castrum tardo-antique aux remparts épais englobant la colline cathédrale et le futur château (vestiges encore visibles dans les caves du quartier épiscopal). La ville change de nom au cours du IVe-Ve : civitas Andecavorum, puis simplement Andecavi, qui donnera Angers. Le christianisme s'y diffuse tôt : saint Defensor est attesté comme premier évêque au IVe ; saint Aubin, évêque vers 529-550, joue un rôle majeur dans l'évangélisation des campagnes alentour et donnera son nom à la grande abbaye angevine. Après la chute de Rome, Angers passe sous la domination des Wisigoths, puis des Francs après la victoire de Clovis à Vouillé en 507.
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Angers au Moyen Âge
Capitale de l'Empire Plantagenêt
Le développement d'Angers s'est effectué en accompagnement de l'ascension fulgurante des comtes d'Anjou. La ville fut, plus que toute autre du Val de Loire, le siège d'un Empire.
Le siège des Ingelgériens (929-1151)
Après la résistance des Robertiens contre les Normands (victoire de Brissarthe en 866), Ingelger, fondateur de la première dynastie angevine, est installé comme vicomte à Angers : c'est le point de départ de l'extraordinaire essor angevin. Son petit-fils Foulque Ier le Roux prend le titre comtal en 929. Au Xe-XIe, Angers devient résidence principale des Foulque (Nerra, Martel, Réchin) et accueille la cité comtale dans le quartier épiscopal : château primitif sur l'éperon schisteux dominant la Maine, cathédrale, abbayes (Saint-Aubin, Saint-Serge, Le Ronceray). Foulque III Nerra (987-1040) fait d'Angers le centre névralgique d'une principauté qui s'étend vers la Touraine, le Saumurois et le Mauges : il y fonde l'abbaye Saint-Nicolas en 1020 au retour de son troisième pèlerinage en Terre sainte.
L'Empire des Plantagenêts (1144-1214)Au XIIe siècle, l'héritier du comte Geoffroy le Bel (dit Plantagenêt, du brin de genêt qu'il portait au chapeau), Henri II Plantagenêt, construit un Empire allant de l'Écosse aux Pyrénées — et Angers en est l'un des centres principaux. Après son mariage avec Aliénor d'Aquitaine en 1152 et son accession au trône d'Angleterre en 1154 (à 22 ans seulement), Henri II réside régulièrement à Angers, à Chinon et à Fontevraud : ces trois capitales sont en réalité plus angevines qu'anglaises. C'est aussi à Angers que sera élevé en partie le jeune Richard Cœur de Lion. Après la mort d'Henri II en 1189, son empire se disloque rapidement : Philippe Auguste, roi de France, brise la puissance des Plantagenêts dans l'ouest par la double victoire de Bouvines et de La Roche-aux-Moines en 1214. Angers devient ville royale française.
Sous les Capétiens — place forte royale
Au XIIIe siècle, Angers devient une place forte détenue par le roi de France. La régente Blanche de Castille fait commencer la construction d'un rempart de près de 4 km autour de la ville et Saint Louis fait reconstruire le château. Il attribue le comté d'Anjou en apanage à son frère Charles, futur roi de Sicile, tige de la deuxième dynastie angevine. Avec les familles capétiennes qui prennent la tutelle de l'Anjou, sa capitale Angers devient un centre économique et culturel important de l'ouest de la France.
L'apogée est à l'époque du roi René d'Anjou au XVe siècle : prince poète, mécène et amateur d'art, il réside régulièrement à Angers, y attire artistes (Barthélémy d'Eyck, son peintre favori), poètes et savants. Ce passé historique a laissé à la ville d'Angers de nombreux monuments : plusieurs monastères se sont développés dans l'orbite de la ville — Saint-Aubin, Saint-Serge, Saint-Nicolas, l'abbaye du Ronceray pour les femmes. Juste avant la Révolution de 1789, Angers comptait cinq abbayes et près de cinquante églises.
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Le château d'Angers
Dix-sept tours de schiste et de tuffeau
Le château d'Angers est l'une des forteresses les plus impressionnantes de France : dix-sept tours rondes de plus de quarante mètres de haut à l'origine, sur un mur d'enceinte d'environ 1000 m de périmètre englobant une surface intérieure de 2,5 hectares, perchée sur un éperon schisteux dominant la Maine.
L'origine — Foulque Nerra (début XIe)
Le premier château d'Angers a été construit par Foulque III Nerra au début du XIe siècle, sur l'ancien castrum tardo-antique : une tour maîtresse rectangulaire en schiste, accompagnée d'un palais comtal, occupait l'éperon qui domine la rivière. Les Plantagenêts l'agrandirent et y établirent un palais résidentiel au XIIe. Mais c'est Blanche de Castille qui décide en 1228 sa reconstruction totale, dans la suite de la reprise du contrôle royal sur l'Anjou (après la défaite des Plantagenêts).
Le château de Saint Louis (1232-1240)La forteresse actuelle est reconstruite en seulement huit ans, de 1232 à 1240, par Blanche de Castille puis Saint Louis. C'est une place forte royale destinée à verrouiller la frontière ouest contre la Bretagne, alors rétive à la souveraineté capétienne. Caractéristiques : • dix-sept tours rondes à bossage alterné en bandes de schiste sombre (matériau local) et tuffeau blanc (calcaire de Touraine) : cette signature noir-et-blanc est unique en France ; • périmètre de 1000 m, surface de 2,5 hectares ; • les tours, originellement coiffées de hauts toits coniques en poivrière, furent arasées au XVIe siècle par ordre d'Henri III (pour y installer des canons) : seule la tour du Moulin, à l'angle nord, conserve sa hauteur originelle de 40 m ; • les fossés secs sont aujourd'hui aménagés en jardins suspendus et abritent une magnifique roseraie de plus de 200 variétés.
L'intérieur du château
L'intérieur du château abrite la chapelle Sainte-Geneviève, construite au XVe siècle par Louis II d'Anjou et sa femme Yolande d'Aragon (la mère du Roi René, conseillière décisive de Charles VII pendant la Guerre de Cent Ans, qui soutint Jeanne d'Arc). C'est un bel édifice en style gothique flamboyant, dont la voûte porte les armoiries du couple. À côté, le chatelet et les jardins suspendus du XVe réaménagés offrent un cadre raffiné.
Au XVIe siècle, l'ordre de raser la forteresse est donné à plusieurs reprises pendant les Guerres de Religion — heureusement il n'a jamais été exécuté jusqu'au bout. Sous Louis XIV, le château devient une prison d'État : il y demeurera jusqu'au XIXe. Le chateau abrite aujourd'hui les célèbres Tapisseries de l'Apocalypse, l'un des plus extraordinaires témoignages de l'art du XIVe siècle.
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La Tenture de l'Apocalypse
La plus grande tapisserie médiévale du monde
Conservée dans une galerie spécialement conçue à l'intérieur de la forteresse, la Tenture de l'Apocalypse constitue un ensemble exceptionnel, unique au monde : c'est la plus ancienne et la plus grande tapisserie médiévale conservée. Elle illustre les visions de l'Apocalypse selon saint Jean en quatre-vingt-quatre tableaux déployés sur 140 mètres de longueur à l'origine : il en subsiste 71 tableaux sur 100 m de long, soit près des deux tiers de l'œuvre originelle.
Une commande princière — Louis Ier d'Anjou (1375-1382)
Elle a été réalisée à la demande de Louis Ier d'Anjou (1339-1384), frère du roi Charles V et fondateur de la deuxième dynastie angevine des Valois. Tissée à Paris dans l'atelier de Nicolas Bataille, le plus célèbre des lissiers parisiens du XIVe, d'après les cartons de Hennequin de Bruges (peintre flamand au service du roi Charles V, parfois identifié à Jean de Bondol ou Bandol), entre 1373 et 1382 environ. Le travail a été achevé sous la direction de Robert Poinçon. Les peintres se sont notamment inspirés des manuscrits enluminés de l'Apocalypse de la bibliothèque de Charles V (l'une des plus riches d'Europe au XIVe).
Lecture de l'ApocalypseL'ensemble se compose de six pièces de 23 mètres environ, chacune contenant deux registres superposés de sept tableaux, plus un grand personnage en pied (un lecteur qui ouvre le cycle) et un décor de ciel constellé. Les scènes illustrent fidèlement le texte du livre de l'Apocalypse attribué à saint Jean — dernier livre du Nouveau Testament, vision prophétique de la fin des temps : les quatre cavaliers, les sept sceaux, les sept trompettes, la femme et le dragon, la bête de la mer, la Babylone, le combat de l'Apocalypse, la Jérusalem céleste. Au-delà de leur dimension spirituelle, ces tapisseries portèrent un message politique fort : la Guerre de Cent Ans faisait alors rage, Louis Ier aurait commandé l'œuvre comme méditation sur la fin des temps face aux malheurs du siècle (Peste noire 1348-1352, échec d'Azincourt à venir, schisme d'Avignon). Les couleurs originelles, éclatantes — rouges écarlate, bleus de cobalt, ors —, n'ont rien perdu de leur force expressive sur le revers, particulièrement bien conservé.
Une histoire mouvementée
Les tapisseries ont été léguées par le Roi René en 1480 à la cathédrale Saint-Maurice d'Angers, qui les expose dans la nef à l'occasion des grandes fêtes liturgiques. Après la Révolution, elles furent dispersées : certaines pièces vendues, découpées pour servir de protection contre le gel des orangers, de paillassons, de couvertures pour les chevaux, ou même de tapis ! On en retrouva en 1843 dans les écuries de l'évêché. Elles ont été récupérées et restaurées au milieu du XIXe par Monseigneur Angebault, évêque d'Angers, et l'archiviste Louis Farcy. Aujourd'hui, elles sont conservées dans une galerie spécialement conçue à l'intérieur du château, dans des conditions d'éclairage et de température strictes. L'artiste Jean Lurçat y vint en 1938 et fut bouleversé : il conçut alors le Chant du Monde, sa propre « réponse moderne à l'Apocalypse », visible à l'hôpital Saint-Jean.
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La cathédrale Saint-Maurice
Première grande œuvre du gothique Plantagenêt
La cathédrale Saint-Maurice domine la ville depuis sa colline, au-dessus de la Maine. Elle est l'une des premières constructions symbolisant l'art gothique Plantagenêt (ou gothique angevin), style original né en Anjou au milieu du XIIe siècle et caractérisé par ses voûtes domicales bombées. Elle mesure environ 90 mètres en longueur, 25 mètres en hauteur, et ses clochers atteignent 70 mètres.
Les origines — XIe-XIIIe siècles
La première construction de la cathédrale Saint-Maurice remonte au XIe siècle : c'est l'œuvre de l'évêque Hubert de Vendôme (mort en 1047), qui en pose les fondations sur l'emplacement d'une plus ancienne église carolingienne détruite par les Normands en 853. Mais c'est l'évêque Ulger de Douai (1125-1149) qui la fait profondément remanier au XIIe siècle : il commande la nef que nous voyons aujourd'hui — un chef-d'œuvre absolu : nef unique de 16,5 mètres de largeur, parmi les plus larges nefs gothiques de France, voûtée d'ogives bombées qui semblent flotter. Les travaux se sont poursuivis au XIIIe : choeur et transept gothiques, façade harmonique à deux tours et trois portails. La façade occidentale, particulièrement remarquable, conserve son magnifique portail central sculpté du XIIe orné d'un tympan représentant le Christ en majesté (proche du portail royal de Chartres).
Le gothique angevin — ou PlantagenêtLe gothique angevin, né sous le mécénat des Plantagenêts à Angers, se caractérise par : • des voûtes à nervures domicales — bombées, presque sphériques — qui retombent en faisceaux sur des piliers cylindriques, sans triforium ; • une nef large et unique sans bas-côtés (sauf au transept) ; • une élégance linéaire très différente du gothique « classique » d'Île-de-France ou du gothique normand. Ce style rayonnera en Anjou, en Poitou (Saint-Pierre de Poitiers), en Saintonge, et même jusqu'à Chypre où le royaume croisé des Lusignan importera la signature angevine au XIIIe. Saint-Maurice d'Angers en est considéré comme l'œuvre fondatrice.
Découverte de 1980 — peintures murales et vitraux
Dans l'abside, on a retrouvé en 1980 des peintures murales remontant à l'époque de la construction de l'église (XIIe-XIIIe), masquées sous des badigeons postérieurs : un Christ en majesté entouré des quatre Vivants, et des scènes de l'Ancien Testament. La cathédrale possède en outre un ensemble exceptionnel de vitraux : le côté gauche (nord) comporte des verrières remontant à la fin du XIIe siècle, qui figurent parmi les plus anciens vitraux conservés en France, comparable à ceux de Chartres ou de Le Mans. La tapisserie de la Passion, suspendue dans le choeur pendant la Semaine sainte, est un autre trésor angevin (XVe siècle, école de Touraine).
Le Palais Épiscopal
Il jouxte la cathédrale et est de dimensions très importantes. Les parties les plus anciennes remontent au début du XIIe siècle : la grande salle synodale (28 m de long) couverte d'une magnifique charpente en carène renversée, l'une des plus anciennes charpentes médiévales civiles conservées en France. Le palais a connu de nombreux remaniements au cours des siècles, en particulier au milieu du XIXe. Son allure d'ensemble, mêlant gothique primitif et reconstitutions néogothiques, est très caractéristique.
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L'église Saint-Aubin et les abbayes d'Angers
Mémoire monastique d'une ville sainte
L'église Saint-Aubin est issue d'une ancienne abbaye fondée vers 535 par saint Germain, évêque de Paris. Elle porte le nom de l'évêque d'Angers saint Aubin (mort en 550), qui a fortement contribué à l'évangélisation des campagnes alentour. C'est l'une des plus anciennes abbayes d'Anjou.
Saint-Aubin — réformes et splendeur
Les chanoines de l'abbaye s'étant éloignés des principes de la vie religieuse, le comte d'Anjou Geoffroy Grisegonnelle, aidé de son frère Guy d'Anjou (évêque du Puy), réforma la vie de l'abbaye en y introduisant la règle de saint Benoît en 966. C'est l'une des premières grandes réformes bénédictines en Anjou. L'abbaye fut ensuite reconstruite au XIIe siècle selon les principes de l'art bénédictin : cloître magnifique aux chapiteaux historiographés — chefs-d'œuvre de la sculpture romane angevine — et grande église abbatiale dont la nef était l'une des plus belles d'Anjou. Elle abrite actuellement la Préfecture du Maine-et-Loire et le Conseil général, installés après la Révolution dans les bâtiments conventuels.
La Tour Saint-Aubin — 54 mètresLe clocher de l'ancienne abbaye, la Tour Saint-Aubin, est isolé au milieu de la place : il a plus de cinquante mètres de haut. Cette tour romane (XIIe), à quatre étages avec arcades aveugles superposées, est un des plus beaux clochers romans de l'Anjou. Elle subsiste seule de la grande abbatiale médiévale détruite après la Révolution, et marque encore l'horizon du centre-ville. La salle capitulaire et le cloître, eux, sont superbement conservés à l'intérieur du palais préfectoral, accessibles aux Journées du Patrimoine.
Les autres abbayes d'Angers
Plusieurs autres abbayes ont marqué la ville : • l'abbaye Saint-Serge, fondée au VIIe siècle : son église abbatiale conserve un choeur gothique angevin du XIIIe aux voûtes domicales d'une élégance indépassable — chef-d'œuvre du style Plantagenêt au même titre que Saint-Maurice ; • l'abbaye Saint-Nicolas, fondée par Foulque III Nerra en 1020 au retour de son troisième pèlerinage en Terre sainte, en remerciement d'avoir échappé à une tempête ; • l'abbaye du Ronceray dans le quartier de la Doutre, abbaye féminine fondée en 1028 par Foulque III Nerra et sa femme Hildegarde : l'une des plus grandes abbayes féminines de l'Ouest, qui devint au Moyen Âge le refuge des filles de la noblesse angevine. S'y ajoutent une cinquantaine d'églises paroissiales, dont la Trinité (Doutre), Saint-Pierre, Saint-Martin (avec son baptistère mérovingien).
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Maison d'Adam, Renaissance et Ancien Régime
Trois siècles d'art civil angevin
La Maison d'Adam est l'une des plus belles maisons à colombages de France. Construite vers 1491 — donc à la toute fin du XVe siècle — elle est située en plein centre-ville, place Sainte-Croix, derrière la cathédrale. Elle doit son nom à la statue d'Adam et Éve qui ornait l'arbre de l'angle (l'arbre central a malheureusement disparu, le couple aussi).
Les sculptures de bois
Sa façade à colombages encorbellés conserve un ensemble exceptionnel de sculptures sur bois du flamboyant tardif : près d'une centaine de figures sculptées — saints, anges, sirènes, scènes profanes parfois grivoises (un pélican, des amoureux enlacés, des saltimbanques), allégories de vertus et de vices, animaux fantastiques. C'est un véritable musée à ciel ouvert de l'imaginaire médiéval tardif — les façades sculptées de cette qualité sont rarissimes en France (mêmes comparaisons avec la maison de Tristan à Tours). La maison fut commande par Jean Brigauld, riche marchand drapier angevin : c'est un témoignage du goût et des moyens de la bourgeoisie urbaine à la fin du Moyen Âge.
Le Logis Barrault et le musée des Beaux-ArtsÀ quelques pas, le Logis Barrault est l'un des plus beaux hôtels particuliers de la fin du XVe siècle en France. Construit entre 1486 et 1493 par Olivier Barrault, trésorier du Roi de Sicile (futur Charles VIII) et conseiller du Roi, dans un style flamboyant raffiné : cour intérieure ouverte, tour d'escalier polygonale avec lucarnes ouvragées, fenêtres à meneaux et accolades. Il accueillit en 1518 la reine Marie d'Angleterre, veuve de Louis XII. Il abrite aujourd'hui le musée des Beaux-Arts d'Angers (après une magistrale réhabilitation par l'architecte Antoine Stinco achevée en 2004) : collections de peintures européennes du XIVe au XIXe (Lorenzo Lotto, Chardin, Watteau, Fragonard, Ingres, Corot, Géricault), et belle galerie de sculptures de David d'Angers.
L'Hôtel de Pincé et le centre ancien
L'Hôtel de Pincé, rue Lenepveu, est un autre superbe hôtel particulier de la Renaissance (1530-1535), construit par Jean de Pincé, maire d'Angers : façade ordonnée à deux niveaux, lucarnes à fronton, tour d'escalier en vis. Il abrite aujourd'hui un musée d'arts décoratifs (collections asiatiques et antiques, céramiques, émail). De nombreuses maisons anciennes jalonnent le centre : la rue de l'Oisellerie, en contrebas de la cathédrale, conserve un alignement remarquable de maisons à pans de bois et à rez-de-chaussée en pierre. D'autres se trouvent dans les petites rues proches du château : rue Saint-Aubin, rue Saint-Laud, rue Toussaint.
L'époque moderne — Ligue, jansénisme, vins
À la mort du Roi René en 1480, Angers et l'Anjou sont réintégrés au domaine royal par le roi de France Louis XI. En 1572, le massacre de la Saint-Barthélémy fit peu de victimes dans la ville (le gouverneur Puygaillard temporisa). Pour autant, Angers devint un point fort de la Ligue catholique contre Henri IV pendant les Guerres de Religion. Au XVIIe siècle, la ville subit la politique de centralisation des rois de France et son histoire perd toute originalité politique, sinon la forte emprise spirituelle et foncière de l'Église catholique (cinq abbayes, près de cinquante églises, évêché, riches chapitres). C'est aussi l'époque où se développe le commerce des vins d'Anjou : l'édit royal de 1577 favorise leur exportation, et le port d'Angers expédie par la Loire jusqu'à Nantes puis vers la Hollande et l'Angleterre.
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Le quartier de la Doutre
L'autre rive, sanctuaires et hôpitaux
La Doutre — contraction d'outre Maine, « au-delà de la Maine » — est le quartier de la rive droite, face au château et à la cathédrale Saint-Maurice. C'est un quartier qui conserve de nombreuses maisons médiévales à colombages, des places pavées, et plusieurs monuments majeurs.
L'Hôpital Saint-Jean — un des plus anciens hôpitaux de France
L'Hôpital Saint-Jean d'Angers date du XIIe siècle : il a été fondé en 1175 par Henri II Plantagenêt, roi d'Angleterre et comte d'Anjou, en réparation du meurtre de Thomas Becket en 1170. C'est l'un des plus anciens hôpitaux médiévaux conservés en France. Il a conservé son aspect d'origine : chapelle, cloître, greniers, et surtout la Salle des Malades qui mesure 60 mètres sur 20 mètres — vaste vaisseau gothique à trois nefs voûtées d'ogives en style angevin, soutenues par des colonnes élancées. C'est l'un des plus impressionnants espaces civils du Moyen Âge en France, comparable à l'hôpital Saint-Jean-l'Aumônier de Beaune (15e) en plus ancien.
Le Chant du Monde — Jean LurçatL'ancienne Salle des Malades de l'hôpital Saint-Jean est aujourd'hui consacrée au Chant du Monde, immense tapisserie de Jean Lurçat (1892-1966), conçue comme une réponse moderne à la Tenture de l'Apocalypse du château. Lurçat l'a réalisée de 1957 jusqu'à sa mort en 1966 : dix tapisseries totalisant 78 mètres de long sur 4,40 m de haut, tissées à Aubusson. Les thèmes : La Grande Menace (l'atome, Hiroshima), L'Homme d'Hiroshima, La Charnier, La Fin de Tout, mais aussi L'Homme en gloire dans la paix, Le Chant de l'Eau, L'Âge ornement et La Conquête de l'Espace. C'est l'un des plus puissants témoignages artistiques sur le XXe siècle, et le musée Jean-Lurçat d'Angers est devenu un haut lieu de l'art textile moderne.
L'abbaye du Ronceray et la Trinité
L'ancienne abbaye du Ronceray, fondée en 1028 par Foulque Nerra et sa femme Hildegarde, est maintenant occupée par l'École nationale supérieure d'arts et métiers (ENSAM) : les bâtiments conventuels XVIIe-XVIIIe ont été admirablement réutilisés. L'église de la Trinité qui faisait partie de cette abbaye possède un portail roman intéressant. L'ancienne abbatiale du Ronceray, juste à côté, conserve l'une des nefs romanes les plus pures de la région (XIe-XIIe, voûtes en berceau brisé).
La place de la Laiterie, cœur du quartier, conserve son alignement de maisons à pans de bois. La rue Beaurepaire et la rue des Tonneliers sont parmi les plus pittoresques d'Angers, ralliant cette rive de la Maine que les Angevins ont longtemps considérée comme « leur autre ville ».
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Révolution française et temps modernes
Vendée, chemin de fer, Cointreau, XXe siècle
La Guerre de Vendée a marqué profondément Angers pendant la Révolution française. La ville, ancien siège épiscopal et fortement attachée à la tradition catholique, s'est trouvée au cœur des grands déchirements de 1793-1794.
La Vendée à Angers (1793)
Angers a été pris temporairement par les Vendéens en juin 1793 : la Grande Armée catholique et royale, commandée par Cathelineau (généralissime) et Bonchamp, traverse la Loire et s'empare de la ville sans véritable combat. L'occupation est brève : les Vendéens repartent rapidement, la ville ne pouvant tenir contre les armées républicaines qui convergent. Une fois de retour dans la ville, les Républicains conduits par le Représentant en mission Francastel y instituèrent la Terreur : une commission militaire condamne en masse, et il y eut environ 2 000 fusillés au Champ des Martyrs (actuel quartier d'Avrié-Sud, à l'est) entre janvier et avril 1794. Des massacres similaires d'une grande ampleur eurent lieu dans tout le Maine-et-Loire. La ville s'est ensuite assoupie jusqu'au milieu du XXe siècle, restant longtemps une capitale provinciale catholique et conservatrice.
Cointreau — la liqueur d'Angers (1849)En 1849, deux frères angevins, Adolphe et Edouard-Jean Cointreau, pâtissiers-confiseurs, ouvrent une distillerie de liqueurs à Angers. En 1875, le fils d'Edouard-Jean, Edouard Cointreau, met au point la célèbre liqueur d'oranges douces et amères dans sa caractéristique bouteille carrée à pans coupés de couleur ambre : c'est la Cointreau Triple Sec, l'une des liqueurs les plus célèbres au monde. Elle entre dans la composition de cocktails universels — Margarita, Cosmopolitan, Sidecar, White Lady, Lemon Drop — et exporte le nom d'Angers sur tous les comptoirs du monde. La distillerie est aujourd'hui à Saint-Barthélémy-d'Anjou, faubourg est d'Angers, et abrite le Carré Cointreau, musée d'entreprise. Cointreau a été réuni en 1990 avec Rémy Martin pour former le groupe Rémy Cointreau, l'un des grands groupes mondiaux de spiritueux.
L'urbanisme moderne
L'urbanisme de la ville évolue sensiblement au début du XIXe siècle avec la destruction des remparts (les anciennes murailles de Saint Louis sont arasées vers 1810-1820) et la construction de nouvelles avenues. En 1849, le chemin de fer arrive à Angers (gare de Saint-Laud sur la ligne Paris-Nantes par Le Mans) : ce sera un facteur décisif du désenclavement. C'est aussi à cette époque qu'a été créée la Place du Ralliement sur l'emplacement de trois églises détruites (Saint-Maurille, Saint-Pierre et Saint-Maurice-de-l'Hôpital) : nouveau coeur civique de la ville, au pied du nouveau théâtre municipal, érigé en 1871 dans un style éclectique inspiré de Garnier à Paris.
XXe siècle — guerre, reconstruction, renouveau
Pendant la Seconde Guerre mondiale, le quartier de la Gare a été bombardé en mai-juin 1944 par les Alliés pour entraver les communications allemandes : forts dégâts, plusieurs centaines de morts. Le quartier a été reconstruit dans l'immédiat après-guerre, dans un style fonctionnel typique des reconstructions des années 1950 (urbanisme rationnel, immeubles à toit terrasse). Angers a été libérée le 10 août 1944 par les troupes américaines de la 5e division blindée du général Patton.
Depuis les années 1970, la ville a connu une spectaculaire renaissance culturelle et économique : refondation de l'université en 1971, émergence d'un pôle horticole majeur (avec Végetal Spécialisé, le Pôle Végétal Spécialisé), centre d'électronique (Pacific, Bull), inscription du Val de Loire à l'UNESCO en 2000, mise en service du tramway en 2011 puis 2023 (ligne B), candidature au label French Tech. Angers est aujourd'hui considérée comme l'une des métropoles françaises où il fait le mieux vivre, particulièrement appréciée pour son équilibre entre patrimoine et innovation.
Plus que le marbre dur me plaît l'ardoise fine, plus mon Loyre Gaulois que le Tybre Latin, plus mon petit Lyré que le mont Palatin, et plus que l'air marin la doulceur Angevine.
— Joachim du Bellay, Les Regrets, 1558
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Carte — Angers
Centre, abbayes, Doutre, hors-centre
La carte parcourt le centre médiéval (château, cathédrale, Maison d'Adam, Logis Barrault), les grandes abbayes (Saint-Aubin, Saint-Serge, Saint-Nicolas, Le Ronceray), le quartier de la Doutre avec l'hôpital Saint-Jean, et les sites périphériques (Trélazé, Cointreau, lac de Maine, Saint-Barthélémy).