Région française — 4 départements — chef-lieu Rennes

Bretagne — presqu'île celte

Des remparts corsaires de Saint-Malo à la pointe sauvage du Raz, de la Côte de Granit Rose aux alignements de Carnac, des enclos paroissiaux du Léon aux maisons à pans de bois de Rennes, la Bretagne déploie sur quatre départements une identité celtique millénaire, conservée par la langue brétonnante et le bagad, célébrée par les festoù-noz et les pardons. Pays de granit, de mer, de légendes — et de kouign-amann.

~3,4 Mhabitants — 7e région
4départements (22, 29, 35, 56)
2 730 kmde côtes — 1re de France
1532Union à la France
01

Présentation de la région

Quatre départements, une identité celtique

La Bretagne est une région administrative française qui occupe la pointe nord-ouest de la France. Elle regroupe quatre départements : Côtes-d'Armor (22), Finistère (29), Ille-et-Vilaine (35) et Morbihan (56). Le chef-lieu est Rennes. La région couvre 27 208 km2 et compte environ 3,4 millions d'habitants.

La Bretagne historique — celle du duché de Bretagne — comprenait aussi la Loire-Atlantique (44), avec sa capitale Nantes. Ce département, breton jusqu'en 1941, a été détaché sous le régime de Vichy et intégré en 1956 à la nouvelle région Pays de la Loire — situation toujours contestée par une partie significative des Loire-Atlantiques et de nombreux Bretons. La Bretagne à cinq départements ou Breizh 5/5 reste une revendication culturelle forte, portée par associations, élus locaux et entreprises. Quoi qu'il en soit, la Bretagne historique partage avec la Loire-Atlantique une même langue (brétonnant et gallo), un même drapeau (le Gwenn ha Du à bandes noires et blanches), une même histoire ducale (Anne de Bretagne née à Nantes en 1477).

Les quatre départements en bref
22
Côtes-d'Armor
Chef-lieu : Saint-Brieuc
~600 000 hab. • 6 878 km2
29
Finistère
Chef-lieu : Quimper
~915 000 hab. • 6 733 km2
35
Ille-et-Vilaine
Chef-lieu : Rennes
~1 080 000 hab. • 6 775 km2
56
Morbihan
Chef-lieu : Vannes
~770 000 hab. • 6 823 km2

La région compte cinq grandes agglomérations : Rennes (métropole, 470 000 hab.), Brest (210 000), Quimper (105 000), Lorient (200 000) et Vannes (140 000). S'y ajoutent les villes historiques de Saint-Malo, Dinan, Saint-Brieuc, Lannion, Morlaix, Concarneau, Douarnenez, Auray, Pontivy, Fougères et Vitré. Le tourisme est l'un des piliers majeurs : avec plus de 10 millions de touristes par an, la Bretagne est l'une des régions les plus visitées de France après l'Île-de-France et PACA — grâce notamment à ses 2 730 km de littoral (plus longue côte de France métropolitaine), son climat océanique, son patrimoine architectural exceptionnel et sa gastronomie emblématique.

02

Géographie — Argoat et Armor

La presqu'île granitique entre Manche et Atlantique

La Bretagne forme une vaste presqu'île granitique qui s'avance dans l'Atlantique sur 250 km, baignée au nord par la Manche, au sud par le golfe de Gascogne et à l'ouest par l'océan Atlantique pur. Cette position péninsulaire lui confère un climat océanique très marqué et une identité maritime omniprésente.

Armor et Argoat — les deux pays

Les Bretons distinguent traditionnellement deux Bretagnes :
• l'Armor (en breton Ar Mor, « pays de la mer ») : la bande côtière, longue de plus de 2 730 kmla plus longue côte de France métropolitaine. Elle alterne falaises de granit (Cap Fréhel, Pointe du Raz, Crozon), petites criques de sable fin (Trégor, Belle-Île), ports de pêche colorés (Concarneau, Douarnenez, Paimpol), archipels (Bréhat, Glénans, Sept Îles, Ouessant) et 800 îles ou îlots ;
• l'Argoat (Ar Coat, « pays des bois ») : l'intérieur, bocage dense, vallées resserrées, anciens massifs forestiers (Forêt de Paimpont/Brocéliande, Forêt de Quénécan), Monts d'Arrée au cœur du Finistère (point culminant Roc'h Ruz, 385 m), Montagnes Noires au sud, et réseau dense de rivières (la Vilaine, le Blavet, l'Aulne, l'Elorn).

Le climat océanique bretonLa Bretagne bénéficie d'un climat océanique très tempéré : hivers doux (gelées rares même en janvier, ~5°C en moyenne), étés tiédés (~20°C en juillet), pluies fréquentes mais réparties (~900 mm/an sur la côte, jusqu'à 1 400 mm dans les Monts d'Arrée). Le vent, particulièrement violent et fréquent à l'ouest (la Bretagne bretonnante bénéficie de 240 jours de vent par an), a façonné les paysages : arbres penchés, talus de pierres (kerc'hennoù), chaumières basses. L'amplitude des marées est l'une des plus fortes au monde : jusqu'à 14 mètres à Saint-Malo (après la baie du Mont-Saint-Michel, 2e marées mondiales). Ce climat permet la culture de plantes méditerranéennes dans certains microclimats côtiers (palmiers de la Riviera bretonne à Roscoff, mimosas, héliotropes).

Géologie — le socle granitique

La Bretagne repose sur le vieux massif armoricain, l'un des plus anciens d'Europe : socle précambrien et paléozoïque, âgé de plus de 500 millions d'années, rasé par l'érosion hercynienne. La roche dominante est le granit, qui donne à la région sa couleur grise caractéristique — mais varie selon les territoires :
granit rose de Ploumanac'h et de l'île-Grande (Côtes-d'Armor), qui donne son nom à la célèbre Côte de Granit Rose ;
granit gris du Finistère, utilisé pour les enclos paroissiaux et les calvaires ;
kersantite du Brest (granit noir très dur), priée des sculpteurs de calvaires (matériau utilisé à Plougastel, Saint-Thégonnec, Guimiliau) ;
schistes du sud du Morbihan (sols vinicoles).
Les landes à bruyères et à ajoncs qui couvraient autrefois l'Argoat sont aujourd'hui en régression, mais subsistent encore dans les Monts d'Arrée et le Cap Fréhel.

03

Histoire et identités

Celtes, Bretons, duché indépendant

L'histoire de la Bretagne se distingue de celle des autres régions françaises par une longue indépendance politique1 100 ans en tant que royaume puis duché — et par une double immigration celtique : les premiers Celtes au 1er millénaire avant J.-C., puis les Bretons insulaires aux Ve-VIIe siècles, fuyant les invasions saxonnes en Grande-Bretagne.

Les peuples gaulois et l'Armorique romaine

À l'arrivée des Romains en 56 av. J.-C. (Jules César et son lieutenant Sabinus), la Bretagne actuelle était peuplée par cinq peuples celtes formant l'Armorique (Aremorica, « pays face à la mer ») :
• les Osismes dans le Finistère (capitale Vorgium, Carhaix) ;
• les Vénètes dans le Morbihan (capitale Darioritum, Vannes), peuple maritime de marins réputés — vaincus par César dans la bataille navale du golfe du Morbihan en 56 av. J.-C., l'une des plus grandes batailles navales antiques ;
• les Coriosolites dans les Côtes-d'Armor (capitale Fanum Martis, Corseul) ;
• les Redones en Ille-et-Vilaine (capitale Condate, Rennes) ;
• les Namnètes en Loire-Atlantique (capitale Portus Namnetum, Nantes).
Sous l'Empire, ces territoires forment la Lyonnaise IIIe et plus tard la Lyonnaise armoricaine. Les villes restent modestes : Vorgium, Condate, Darioritum. La christianisation commence dès les IIIe-IVe siècles mais s'achève seulement avec l'immigration bretonne.

L'immigration des Bretons (Ve-VIIe siècles)L'événement fondateur de l'identité bretonne est l'immigration massive des Bretons insulaires — venus du pays de Galles, des Cornouailles et du Devon — fuyant l'invasion saxonne et angle de la Grande-Bretagne à partir du Ve siècle après le retrait romain. Ces Bretons, chrétiens et celtes, repeuplent une Armorique en partie désertée. Ils apportent :
• la langue brétonnante, langue celtique cousine du gallois et du cornique (et éloignée du gaulois disparu) ;
• une vague de saints évangélisateurs — les sept saints fondateurs de la Bretagne : Brieuc (Saint-Brieuc), Tugdual (Tréguier), Pol Aurélien (Saint-Pol-de-Léon), Patern (Vannes), Samson (Dol), Malo (Saint-Malo), Corentin (Quimper). Chacun fonde une cité et un évêché qui structurent encore aujourd'hui la géographie religieuse bretonne ;
• le nom du pays : Britannia minor (la Petite-Bretagne), par opposition à la Britannia maior (Grande-Bretagne) ;
• un réseau de paroisses « ploué » (Plouézec, Plouescat, Plougastel...) du breton ploeu, « peuple, paroisse ».
Les chefferies bretonnes (Domnonée, Cornouaille, Brouéréc) se fédérent au IXe siècle sous Nominoë, qui battit Charles le Chauve à Ballon en 845 et fonda le royaume de Bretagne. Son fils Erispoë et son successeur Salomon (martyrisé en 874) achevèrent l'unification.

Le duché indépendant (Xe-XVIe)

Après les ravages normands du IXe, Alain II Barbetorte libère Nantes en 937 et fonde le duché de Bretagne, capitale Nantes. Le duché connaît plusieurs dynasties : la maison de Cornouaille, puis la maison capétienne de Dreux (après 1213, mariage de Pierre Mauclerc), puis la maison de Montfort après la Guerre de Succession bretonne 1341-1364 (Jean IV vainqueur contre Charles de Blois soutenu par la France, à la bataille d'Auray, où combat Bertrand du Guesclin). L'apogée du duché indépendant est atteint sous François II (1458-1488) et sa fille Anne de Bretagne (1477-1514), née à Nantes et deux fois reine de France. Elle épouse Charles VIII en 1491 (Langeais) puis Louis XII en 1499. C'est sa fille Claude de France qui apporte définitivement le duché en dot à François Ier : l'Union de la Bretagne à la France est signée en 1532 à Vannes, garantissant le maintien des privilèges bretons (États provinciaux, exemption d'impôts royaux, monnaie propre).

De la Chouannerie à l'Emsav

La Bretagne reste profondément monarchiste et catholique jusqu'à la Révolution. La Chouannerie (1793-1804), insurrection royaliste mêlée à la Guerre de Vendée, oppose les Chouans menés par Cadoudal, La Rouërie ou Boishardy aux troupes républicaines. Au XIXe, le mouvement d'Emsav (renaissance culturelle bretonne) renait avec Théodore Hersart de La Villemarqué (Barzaz Breiz, recueil de chants bretons, 1839) et Anatole Le Braz (la Légende de la Mort, 1893). Au XXe, le mouvement breton, parfois compromis avec Vichy (collaborateurs du Bezen Perrot), se réinvente après la guerre avec la vague folk des années 1970 (Alan Stivell, Tri Yann, Glenmor), l'enseignement bilingue Diwan (créé 1977), les Vieilles Charrues (depuis 1992) et les festoù-noz UNESCO (depuis 2012).

04

Rennes et l'Ille-et-Vilaine

Capitale régionale, vieux Rennes, Saint-Malo, Fougères

L'Ille-et-Vilaine (35) est le département le plus peuplé de Bretagne (1 080 000 hab.) et accueille la capitale régionale Rennes ainsi que la cité corsaire de Saint-Malo, sans oublier les villes médiévales de Fougères, Vitré, Combourg et Dol-de-Bretagne. C'est aussi la porte d'entrée de la Bretagne depuis Paris.

Rennes — le Parlement de Bretagne

Rennes (220 000 hab. intra-muros, 470 000 dans la métropole) est l'ancienne Condate, capitale des Redones. Devenue capitale du duché en alternance avec Nantes aux XIVe-XVe siècles, elle accueille à partir de 1561 le Parlement de Bretagne, l'une des grandes cours souveraines du royaume. Le Palais du Parlement, construit de 1618 à 1655 par Salomon de Brosse, est l'un des plus beaux palais judiciaires de France : incendié le 4 février 1994 lors d'une manifestation de marins-pêcheurs, magnifiquement restauré pour 1999, il abrite la cour d'appel et reste l'un des rares ensembles décoratifs Louis XIII préservés en France (caissons peints).

Le vieux Rennes et le grand incendie de 1720Le vieux Rennes conserve un quartier médiéval exceptionnel de maisons à pans de bois XVe-XVIIe autour de la Place Sainte-Anne, des rues Saint-Michel (dite « rue de la Soif »), du Chapitre, du Champ-Jacquet (les fameuses maisons inclinées). Au total, plus de 286 maisons à pans de bois subsistent, un des plus grands ensembles de France.

Pourtant ce vieux Rennes ne représente qu'une partie de la cité médiévale d'origine. Le grand incendie du 23 décembre 1720, parti par accident chez un menuisier de la rue Tristin, ravage la ville pendant sept jours : 945 maisons détruites, 9 000 sinistrés. La reconstruction est confiée à l'ingénieur Isaac Robelin puis à l'architecte royal Jacques Gabriel (père du célèbre Ange-Jacques) : c'est ce qui donne à Rennes son centre-ville classique en pierre de taille de granit autour de la Place de la Mairie et de la Place du Parlement, avec son plan en damier remarquable. L'Hôtel de Ville par Jacques Gabriel (1734-1743), très élégant, est en face du Théâtre. La cathédrale Saint-Pierre, reconstruite XVIIIe-XIXe (1786-1844), conserve un superbe retable d'Anvers en bois du XVIe — un des plus importants en France. À voir aussi : la basilique Saint-Sauveur, le musée des Beaux-Arts (chefs-d'œuvre de Georges de La Tour, Rubens, Veronèse, Picasso), le musée de Bretagne aux Champs Libres, et bien sûr les Transmusicales (festival depuis 1979, révélateur de Niagara, Étienne Daho, Têtes Raides).

Saint-Malo — la cité corsaire

Saint-Malo (45 000 hab.) est l'une des plus célèbres cités fortifiées de France : ses remparts de granit du XIIe au XVIIIe, achevés par Sébastien Vauban après 1689, entourent entièrement la cité intra-muros sur 1 754 mètres. Saint-Malo doit sa renommée à ses corsaires du XVIIe-XVIIIe — armateurs autorisés par le roi à attaquer les navires ennemis (anglais notamment) en échange d'une part des prises : René Duguay-Trouin (1673-1736, prise de Rio de Janeiro 1711, statue sur les remparts) et surtout Robert Surcouf (1773-1827, le Roi des Corsaires, plus de 50 prises britanniques dans l'océan Indien). Saint-Malo a aussi vu naître Jacques Cartier, le découvreur du Canada (1491-1557, première expédition 1534), Chateaubriand (1768-1848, né sur la place de la Hochepie, enterré au Grand Bé), et Félicité de Lamennais. La ville fut détruite à 80 % en 1944 par les bombardements alliés libération ; la reconstruction à l'identique (1948-1972) est exceptionnelle. À voir : le château de la duchesse Anne (1424, gros donjon), la cathédrale Saint-Vincent, les remparts, le tombeau de Chateaubriand sur l'îlot du Grand Bé.

Fougères, Vitré, Combourg, Dol

L'est de l'Ille-et-Vilaine conserve des cités médiévales exceptionnelles, sentinelles « des Marches de Bretagne » face à la France royale :
Fougères (20 000 hab.) : l'un des plus grands châteaux-forts médiévaux de France : 3 hectares, 13 tours dont la Tour Mélusine (XIIe), tour Surienne (XVe), bâti sur un éperon schisteux au-dessus de la rivière Nançon. Trois enceintes successives. Hugo l'a célébré dans Quatre-vingt-treize. Balzac dans Les Chouans ;
Vitré (18 000 hab.) : superbe château XIe-XVe en granit dominant la Vilaine, et un centre médiéval parfaitement préservé — maisons à pans de bois XVe-XVIe, rue Beaudrairie. Célèbre par Madame de Sévigné (château des Rochers-Sévigné à 7 km) ;
Combourg (5 700 hab.) : célèbre par les Mémoires d'outre-tombe de Chateaubriand qui y vécut sa jeunesse triste et méditative ; château XIVe-XVe au bord d'un étang — « C'est dans les bois de Combourg que je suis devenu ce que je suis » ;
Dol-de-Bretagne (5 000 hab.) : ancien siège archiépiscopal breton (saint Samson, VIe), cathédrale Saint-Samson gothique normand des XIIIe-XIVe, l'une des plus importantes de Bretagne, et le célèbre Menhir de Champ-Dolent de 9,5 m de haut.

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Le Finistère — Quimper, Brest, Locronan

Finis Terrae — la fin de la terre

Le Finistère (29) — en latin Finis Terrae, « la fin de la terre » — est le département le plus à l'ouest de la France continentale. C'est aussi le cœur de la Bretagne bretonnante, où la langue brétonnante reste la plus vivante, et le pays par excellence du granit gris, des calvaires, des enclos paroissiaux et des marins-pêcheurs. Avec 915 000 habitants, c'est le 2e département breton par la population.

Quimper — la perle de la Cornouaille

Quimper (62 000 hab., 105 000 dans l'agglomération) est la capitale historique de la Cornouaille bretonne, l'une des sept anciennes évêchés. Le nom vient du breton Kember = confluent, car la ville est bâtie au confluent du Steir et de l'Odet, fleuve magnifique qui descend de la mer en passant par les Vire-Court (méandres encaissés). La cathédrale Saint-Corentin (commencée en 1239 sous l'évêque Rainaud de Rohan, achevée XIXe) est l'un des chefs-d'œuvre du gothique flamboyant breton : ses deux flèches jumelles néogothiques de 76 mètres ajoutées en 1856 par l'architecte Joseph Bigot dominent la ville. Particularité unique : la nef et le chœur sont désaxés d'environ 8 degrés — une asymétrie volontaire que la tradition interprète comme évoquant la tête inclinée du Christ en croix. La ville conserve un superbe quartier ancien à pans de bois autour de la place Saint-Corentin et de la rue Kéréon.

Quimper, ville de faïence et de broderiesQuimper est mondialement célèbre pour ses faïences peintes à la main depuis 1690 (fondation par Jean-Baptiste Bousquet de Marseille). Trois manufactures ont longtemps coexisté : HB (Henriot-Bousquet), Henriot, et de la Hubaudière. Aujourd'hui regroupées en HB-Henriot. Les motifs traditionnels (le petit Breton, fleurs stylesées) ont été modernisés par les artistes des années 1920-1930 (Math Mathivat, René Quillivic, Mlle Beau). Le Musée départemental breton, installé dans l'ancien Palais des évêques de Cornouaille (XVIe-XVIIe), conserve les plus belles collections de costumes, broderies et faïences. La ville est aussi capitale du Pays Bigouden voisin (au sud-ouest), célèbre pour ses coiffes hautes en dentelle empesée portées traditionnellement par les femmes — montée jusqu'à 32 cm dans les années 1930. Chaque année en juillet, le Festival de Cornouaille (depuis 1923) célèbre la culture bretonne avec défilés en costumes, concerts, danses.

Brest — le grand port militaire

Brest (140 000 hab. intra-muros, 210 000 dans la métropole) est le 2e port militaire français après Toulon. La rade de Brest, profonde rade naturelle de 180 km2, fut choisie dès le XVIIe par Richelieu et aménagée par Vauban : c'est le port d'attache de la Force océanique stratégique (sous-marins nucléaires lanceurs d'engins, équivalents français de la deterrence britannique de Faslane). La ville a été détruite à 95 % par les bombardements alliés en 1944 (place forte allemande, base sous-marine). La reconstruction des années 1950 a donné une ville moderne austère mais avec une magnifique rue de Siam au tracé rectiligne. Le Château de Brest (XVe-XVIIIe) abrite le Musée national de la Marine. L'Océanopolis (1990) est l'un des plus grands aquariums d'Europe (10 000 animaux, 1 000 espèces). Les Fêtes maritimes internationales de Brest (tous les 4 ans depuis 1992) rassemblent 1 500 voiliers anciens et 1 million de visiteurs : c'est le plus grand rassemblement de voiliers traditionnels au monde.

Concarneau, Douarnenez, Locronan, Morlaix

Le Finistère aligne d'autres villes emblématiques :
Concarneau : la Ville Close, îlot fortifié au cœur du port de pêche (3e port thonier de France), enceinte XIVe-XVIIe par Vauban ; le Festival des Filets Bleus (depuis 1905) est l'un des plus anciens festivals bretons ;
Douarnenez : port sardinière mythique, fondé sur la baie de Douarnenez aux marées spectaculaires. Légende d'Is : cité engloutie selon la légende du roi Gradlon ; Port-Musée du Port-Rhu avec sa collection de bateaux historiques ;
Locronan : Plus Beau Village de France, cité entièrement Renaissance en granit gris (16e-17e), enrichie par les toiles à voiles. Place pavée, fontaine, église Saint-Ronan. Lieu de tournage de nombreux films historiques (Tess de Polanski, Chouans! de Phlippe de Broca) ;
Morlaix : célèbre viaduc ferroviaire de 1864 (292 m, 58 m de haut, 14 arches), enjambant la ville historique à pans de bois en contrebas. C'est l'un des viaducs ferroviaires les plus spectaculaires de France.

06

La pointe du Finistère

Raz, Crozon, Ouessant, Sein

La pointe ouest du Finistère est l'une des plus spectaculaires côtes d'Europe : falaises de granit battues par les vents et les vagues, archipels mythiques, phares solitaires plantés sur la mer. C'est la fin du monde celtique, le pays des nécropoles atlantiques, des légendes et des marins.

La Pointe du Raz

La Pointe du Raz est l'extrémité ouest de la France continentale (après la Pointe de Corsen, légèrement plus à l'ouest mais moins spectaculaire). Falaises de granit de 70 m de haut qui plongent dans l'Atlantique, balayées par des vents puissants (200 km/h en tempête). Au large, le Raz de Sein : passage maritime réputé dangereux, balise par le phare de la Vieille (1887, 27 m, bâti sur un rocher en pleine mer). Le site a reçu en 2004 le label Grand Site de France. Tout près, la Baie des Trépassés — nom évoquant les noyés rejetés par les courants, ou peut-être le passage rituel des druides vers Sein. La plage de la Palue (cap Sizun) figure parmi les plus sauvages de France.

L'Île de Sein — Qui voit Sein voit sa finÀ 8 km au large du Raz, l'Île de Sein — minuscule (56 hectares, point culminant 6 m au-dessus de la mer !) — abrite environ 200 habitants permanents. C'est l'une des plus exposées de France aux tempêtes (la mer recouvre parfois l'île, comme en 1850). Selon la légende, neuf prêtresses-druidesses celtes (les Senae) y résidaient dans l'Antiquité et pouvaient déclencher les tempêtes. La population locale a été profondément décimée par les naufrages au cours des siècles : presque toutes les familles ont perdu plusieurs hommes en mer.

L'histoire la plus héroïque de Sein date du 18 juin 1940 : après l'Appel du général de Gaulle, 128 marins de l'Île de Sein sur 130 embarquent vers l'Angleterre pour rejoindre les Forces françaises libres — le tier des Premières Forces Françaises Libres était constitué de Senans ! De Gaulle aurait dit en les voyant arriver : « Sein, c'est donc le quart de la France ! ». L'île reçut la Croix de la Libération en 1946, l'une des cinq communes ainsi honorées (avec Paris, Vassieux, Grenoble, Nantes).

Presqu'île de Crozon, Ouessant

Au nord de la baie de Douarnenez s'étend la Presqu'île de Crozon : forme de croix qui s'avance dans l'Atlantique. Ses pointes (Pen-Hir, Toulinguet, Cap de la Chèvre, Pointe des Espagnols) offrent les plus spectaculaires falaises de grès armoricain de Bretagne — jusqu'à 70 m de haut, litées de rouge et de violet. Camaret-sur-Mer, ancien port sardinière, conserve sa Tour Vauban de 1696 (UNESCO 2008, fortifications Vauban), son cimetière de bateaux échoués, et l'alignement mégalithique des Lagatjar (3e millénaire av. J.-C.).

Au large, l'archipel d'Ouessant (Ouessant 1 525 hab., Molène 145 hab., Sein 200 hab.) est classé Réserve mondiale de la biosphère UNESCO (1988). Ouessant, « qui voit Ouessant voit son sang » selon le dicton marin, est réputée pour ses moutons noirs, ses cinq phares (dont le célèbre Phare du Créac'h, 1863, 73 m, l'un des plus puissants au monde, portée 60 km), et l'Écomusée du Niou-Uhella. Les passes entre les îles voient passer plus de 200 navires par jour : c'est l'une des routes maritimes les plus fréquentées du monde.

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Les Côtes-d'Armor — Saint-Brieuc, Côte de Granit Rose

Trégor, Goëlo, pays de Dinan

Les Côtes-d'Armor (22) — nom adopté en 1990 en remplacement de Côtes-du-Nord jugé peu attractif — sont le département le plus discret de Bretagne mais l'un des plus authentiques. C'est le pays du Trégor (langue brétonnante traditionnellement dominante), du Goëlo (Paimpol, Bréhat), et de la spectaculaire Côte de Granit Rose.

Saint-Brieuc — préfecture sur la baie

Saint-Brieuc (43 000 hab.) est installée au fond de la magnifique baie de Saint-Brieuc, l'une des plus belles baies de France, célèbre pour ses marées spectaculaires (jusqu'à 13 m d'amplitude) qui découvrent un immense estran propice à la pêche à pied. La ville doit son nom à saint Brieuc, l'un des sept saints fondateurs bretons (originaire du Pays de Galles, Ve-VIe). La cathédrale Saint-Étienne, du XIIIe-XIVe, est l'une des plus austères et fortifiées de France : ses deux grosses tours en façade lui donnent une allure de cathédrale-forteresse — particularité bretonne. Promenades : port du Légué, vallée du Gouët, ports d'Erquy (coquille Saint-Jacques) et de Pléneuf-Val-André (sa Grande Plage de 2,8 km).

La Côte de Granit Rose — Ploumanac'h, Perros-GuirecLa Côte de Granit Rose, sur 10 km entre Perros-Guirec et Trébeurden, est l'une des côtes les plus spectaculaires d'Europe : chaos de gros blocs de granit rose érodés en formes anthropomorphes ou animales (la Sorcière, le Sabot, la Tête de Mort, la Bouteille...). Ce granit pærticulier est issu d'un magma vieux de 300 millions d'années : sa couleur rose-orangée provient du feldspath. On la trouve aussi en Sardaigne, en Chine du Sud-Est et en Corse — ces trois sites étant les seuls comparables au monde.

À Ploumanac'h (commune de Perros-Guirec, 4e Village préféré des Français en 2015), le sentier des Douaniers (GR 34) longe les chaos roses jusqu'au phare de Mean Ruz (1949, en granit rose). Au large s'étend la réserve naturelle des Sept-Îles, plus grande réserve ornithologique de France : 27 espèces d'oiseaux marins, dont les seuls fous de Bassan de Bretagne (20 000 couples sur l'Île-Rouzic), des macareux moines, des pétreaux tempête, des fulmars. Trébeurden, Trégastel, Saint-Quay-Perros complètent la station balnéaire.

Tréguier, Paimpol, Dinan

Plus à l'est :
Tréguier (2 500 hab.) : ancien siège épiscopal (saint Tugdual, l'un des sept fondateurs), cathédrale Saint-Tugdual XIVe-XVe, l'une des plus belles de Bretagne (cloître en granit, flèche ajourée XVIIIe). Célèbre Pardon de saint Yves chaque 19 mai — saint Yves, le saint patron des avocats et des Bretons, était né tout près, à Minihy-Tréguier (1253-1303). Le philosophe Ernest Renan est né à Tréguier en 1823 ;
Paimpol (7 000 hab.) : ancienne capitale de la pêche à la morue en Islande (Islandais de Paimpol, chant traditionnel La Paimpolaise), célébrée par le roman Pêcheur d'Islande de Pierre Loti (1886). Port pittoresque, abbaye de Beauport (XIIIe), traversée vers l'Île de Bréhat (l'île aux fleurs, microclimat exceptionnel, 350 hab. permanents, sans voitures) ;
Dinan (10 000 hab.) : l'une des plus belles cités médiévales de Bretagne, magnifiquement préservée : remparts intacts du XIIe-XVe (3 km, 14 tours), château-fort du duc Jean IV (XIVe), rue du Jerzual en pente vers le port, maisons à pans de bois. Tombeau du cœur de Du Guesclin dans la basilique Saint-Sauveur (le célèbre connétable de France, né près de Dinan vers 1320, mort à Châteauneuf-de-Randon en 1380).

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Le Morbihan — Vannes, Carnac, Belle-Île

Le golfe, les mégalithes, les îles

Le Morbihan (56) — nom d'origine bretonne, Mor Bihan = « petite mer » — tire son nom du célèbre Golfe du Morbihan, mer intérieure parsemée d'une cinquantaine d'îles. C'est le département de la capitale ducale Vannes, des mégalithes de Carnac, et de magnifiques îles atlantiques.

Vannes — la capitale ducale

Vannes (54 000 hab.) est l'ancienne Darioritum, capitale des Vénètes vaincus par César. C'est l'une des plus belles villes médiévales de Bretagne, et longtemps résidence des ducs de Bretagne (Jean V, François II). C'est ici, dans la Cohue (ancienne halle marchande), que furent signés en 1532 les actes d'Union de la Bretagne à la France. La ville conserve :
• ses remparts XIIIe-XVIIIe partiellement intacts avec leurs célèbres jardins fleuris en contrebas (Garenne, lavoirs), l'une des cartes postales les plus reproduites de Bretagne ;
• la cathédrale Saint-Pierre (XVe-XIXe), au remarquable porche flamboyant ;
• le quartier ancien intra-muros, maisons à pans de bois XVe-XVIe, place Henri-IV ;
• la Cohue (XIIIe-XVIIe), aujourd'hui Musée des Beaux-Arts (collections de Delacroix, Géricault, Eugène Boudin).
Le Golfe du Morbihan, parc naturel régional depuis 2014, est l'une des plus belles baies du monde : 42 îles habitées ou non, eaux turquoise, ostréiculture (huîtres du Morbihan), traversées vers l'Île-aux-Moines, l'Île-d'Arz, et le tour du golfe en bateau.

Carnac — le plus grand site mégalithique du mondeLes alignements de Carnac sont parmi les plus grands ensembles mégalithiques au monde : près de 3 000 menhirs alternés (sur les 4 000 d'origine recensés par Sir John Lubbock en 1865), disposés en alignements rectilignes sur 4 kilomètres. Trois alignements principaux : Ménec (1 099 menhirs sur 1 165 m, 11 rangées), Kermario (1 029 menhirs sur 1 200 m), Kerlescan (555 menhirs). Datation : du 5e au 3e millénaire avant J.-C. — soit plus anciens que les pyramides d'Égypte ou Stonehenge ! La fonction reste largement mystérieuse (calendrier astronomique ? sanctuaire ? marqueurs territoriaux ? voie processionnelle ?).

À proximité, le Tumulus Saint-Michel (vers 5000 av. J.-C., 125 m de long, 60 m de large, 10 m de haut, l'un des plus grands d'Europe), le Cairn de Gavrinis dans le Golfe (vers 4000 av. J.-C., chambre funéraire gravée de motifs spirale), et le célèbre Grand Menhir Brisé de Locmariaquer (5 fragments, 20,6 m de hauteur originale, le plus haut menhir jamais dressé au monde, environ 280 tonnes : ce n'est pas un exploit technique trivial pour le 5e millénaire avant notre ère). Le Musée de Préhistoire de Carnac, l'un des plus importants d'Europe pour le Néolithique, expose les outils et céramiques associés.

Quiberon, Belle-Île, Auray, Lorient

Le sud du Morbihan offre des sites maritimes exceptionnels :
• la presqu'île de Quiberon (14 km de long, à peine 22 m de large à son isthme), célèbre pour sa Côte Sauvage battue par les vagues atlantiques et son port d'embarquement vers Belle-Île ; lieu du Débarquement de Quiberon en 1795 (tentative royaliste désastreuse soutenue par les Anglais, écrasée par Hoche) ;
Belle-Île-en-Mer : la plus grande île bretonne (84 km2, 5 200 hab.), accessible en 45 min de bateau depuis Quiberon. Le Palais, capitale, abrite la citadelle Vauban (XVIIe, fortifications étendues sur 6 ha) ; les Aiguilles de Port-Coton, peintes par Claude Monet en 1886 (39 toiles !), sont les rochers les plus célèbres de l'île ;
Auray (14 000 hab.) : port de Saint-Goustan exceptionnellement préservé (XVe-XVIIe), célèbre car Benjamin Franklin y débarqua en 1776 pour négocier l'alliance française contre les Anglais ;
Sainte-Anne-d'Auray : 2e pèlerinage de France après Lourdes, 800 000 pèlerins par an, basilique néogothique 1872, gigantesque mémorial du Mont Saint-Anne aux soldats bretons morts pour la France ;
Lorient (57 000 hab.) : anciennement L'Orient, fondée en 1666 par la Compagnie des Indes orientales qui en fit son port d'armement. Détruite à 85 % en 1943 par les bombardements alliés (immense base sous-marine allemande, l'une des plus grandes au monde, 28 alvéoles, mur de béton de 7 m). Reconstruite en cité moderne. Siège du célèbre Festival Interceltique depuis 1971 (chaque année en août, ~700 000 spectateurs, plus grand festival celtique au monde).

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Patrimoine religieux et enclos paroissiaux

Cathédrales, enclos, pardons, calvaires

La Bretagne est l'une des régions les plus catholiques de France historiquement, ce qui se traduit par une extraordinaire densité de patrimoine religieux : neuf cathédrales (chacune pour un des anciens évêchés bretons), des enclos paroissiaux uniques au monde, des centaines de calvaires monumentaux, et la persistance vivante des pardons (pèlerinages locaux).

Les neuf évêchés historiques

La Bretagne historique était organisée en neuf évêchés issus de la christianisation bretonne du Ve-VIIe siècles, chacun avec sa cathédrale propre. Ces neuf cités correspondent aux neuf moutons noirs souvent représentés sur les armoiries traditionnelles. Les sept fondateurs bretons : Brieuc (Saint-Brieuc), Malo (Saint-Malo), Samson (Dol), Patern (Vannes), Pol (Saint-Pol-de-Léon), Tugdual (Tréguier), Corentin (Quimper). S'y ajoutent Rennes (saint Melaine, VIe) et Nantes (martyrs Donatien et Rogatien, fin IIIe). Toutes ces cités conservent une cathédrale médiévale, dont les plus remarquables sont :
Quimper Saint-Corentin : gothique flamboyant XIIIe-XVe, deux flèches néogothiques de 76 m, nef désaxée ;
Tréguier Saint-Tugdual : gothique angevin XIVe-XVe, magnifique cloître en granit ;
Dol-de-Bretagne Saint-Samson : gothique normand XIIIe-XIVe, l'une des plus anciennes en Bretagne ;
Saint-Pol-de-Léon : cathédrale Notre-Dame du Kreisker, dotée d'un clocher de 77 m (le plus haut de Bretagne au XVe) ;
Vannes Saint-Pierre, Saint-Malo Saint-Vincent, Saint-Brieuc Saint-Étienne (cathédrale-forteresse), Rennes Saint-Pierre (reconstruite XVIIIe-XIXe), Nantes Saint-Pierre-et-Saint-Paul (la plus haute nef gothique de France).

Les enclos paroissiaux du Léon (XVIe-XVIIe)Spécificité absolument unique au monde, les enclos paroissiaux du nord-Finistère (pays du Léon et de la Cornouaille) sont des ensembles architecturaux complets comprenant : une église paroissiale, un cimetière ceint d'un mur, une porte triomphale, un calvaire monumental (souvent en kersantite, granit noir très dur qui se laisse sculpter), et parfois un ossuaire ou maison-charnier. Ils datent essentiellement du XVIe-XVIIe siècles, enrichis grâce au commerce des toiles à voiles du Léon qui faisait vivre les villages côtiers.

Les trois plus grands enclos :
Saint-Thégonnec : porte triomphale 1587, calvaire 1610 (39 personnages, l'un des plus expressifs), ossuaire 1676 ;
Guimiliau : calvaire 1581-1588 le plus grand (200 personnages sculptés dans le kersantite !) racontant toute l'histoire sainte, l'une des oeuvres sculptées les plus monumentales de France ;
Lampaul-Guimiliau : superbe ensemble baroque, magnifique retable polychrome.
Le calvaire de Plougastel-Daoulas (1602-1604, 180 personnages), érigé après la peste de 1598, est l'un des plus célèbres de Bretagne. Au total, 71 enclos paroissiaux ont été recensés dans le Léon.

Les Pardons — pèlerinages bretons

Les pardons — pèlerinages localisés associés au culte d'un saint et à une fête paroissiale — sont une tradition catholique brétonne unique. Ils mêlent procession religieuse (avec bannières brodées, croix processionnelles d'argent, statues portées), bénédictions, costumes traditionnels (coiffes, gilets brodés), et fête populaire (fest-deiz, fest-noz). Les plus célèbres :
Pardon de Sainte-Anne-d'Auray (26 juillet), 2e pèlerinage de France après Lourdes avec 20 000 pèlerins ;
Pardon de saint Yves à Tréguier (19 mai) : relique-chef du saint patron des avocats portée en procession depuis 1305 ;
Pardon de Sainte-Anne-la-Palud (Plonévez-Porzay), fin août, l'un des plus spectaculaires de Cornouaille ;
Pardon des Sept-Saints à Vieux-Marché (juillet), unique pèlerinage islamo-chrétien de France depuis Louis Massignon en 1954, célébrant les Sept Dormants d'Éphèse communs au christianisme et à l'Islam.

Abbayes

Parmi les abbayes les plus remarquables : Landévennec (Finistère, fondée par saint Guénolé vers 485, l'une des plus anciennes de Bretagne, ruines très romantiques en bord de mer), Beauport à Paimpol (XIIIe, prémontrés, vue sur la baie), Saint-Mathieu de Fine-Terre au cap du même nom (ruines XIIIe avec phare attenant, point de vue spectaculaire). Le Mont-Saint-Michel (administrativement en Normandie mais visible depuis la côte bretonne de Cancale, et historiquement disputeé entre les deux régions) reste l'un des sites les plus mythiques.

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Mégalithes et légendes

Pierres levées, Brocéliande, Ankou, korrigans

La Bretagne est la terre des mégalithes par excellence : plus de 4 000 mégalithes recensés — menhirs, dolmens, cromlechs, allées couvertes — soit plus de 50 % des mégalithes français. La région est aussi la matrice du monde légendaire celtique, avec ses forêts hantées, son cycle arthurien, ses créatures du Petit Peuple.

Mégalithes — 6 500 ans d'histoire

Les mégalithes bretons sont érigés entre le 5e millénaire et le 2e millénaire avant J.-C., par les premiers paysans néolithiques. Ils précèdent donc largement les Celtes, qui ne sont arrivés en Bretagne qu'au 1er millénaire avant notre ère. Au-delà de Carnac, les sites majeurs :
• le Cairn de Barnenez (presqu'île de Kernéléhen, Finistère) — l'un des plus vieux monuments construits par l'homme au monde, vers 4500-4700 av. J.-C. (plus ancien que les pyramides d'Égypte de 1 500 ans !), 75 m de long, 25 m de large, 8 m de haut, 11 chambres funéraires ;
• le Cairn de Gavrinis (petite île du Golfe du Morbihan) : vers 4000 av. J.-C., chambre funéraire gravée d'extraordinaires motifs spirale et arcs en quart de cercle (signatures graphiques uniques au monde) ;
• la Table des Marchands à Locmariaquer (4000 av. J.-C.) : dalle de couverture monumentale ornée de gravures (haches, bœufs) ;
• les menhirs isolés spectaculaires : Menhir du Champ-Dolent à Dol-de-Bretagne (9,5 m), Menhir de Kerloas en Plouarzel (Finistère, 9,5 m, le plus haut menhir encore debout au monde), Grand Menhir Brisé de Locmariaquer (originellement 20,6 m, le plus haut jamais dressé).

Brocéliande — la forêt arthurienneLa Forêt de Paimpont (Ille-et-Vilaine), 9 000 hectares au cœur de l'Argoat, est traditionnellement identifiée à la légendaire Brocéliande du cycle arthurien. Selon les poèmes du XIIe siècle (Chrétien de Troyes, Yvain ou le Chevalier au lion, vers 1180), c'est ici que se déroulent les principales aventures :
• la Fontaine de Barenton, magique, dont l'eau renversée déchaîne les tempêtes ;
• le Val sans Retour de la fée Morgane, qui y emprisonnait les chevaliers infidèles ;
• le Tombeau de Merlin — emprisonné par Viviane dans un cercle magique, le mage y gémit pour l'éternité ;
• l'Arbre d'Or et le Miroir aux Fées.
Le Château de Comper (XIVe), au cœur de la forêt, abrite le Centre arthurien.

La légende n'a pas été inventée par Chrétien de Troyes : elle était déjà présente dans les contes celtiques bretons et gallois du Haut Moyen Âge (Mabinogion gallois, contes oraux bretons). Elle se diffuse en Europe avec les romans de Chrétien de Troyes, puis avec le cycle de Lancelot-Graal (XIIIe) où Lancelot, fils du roi Ban de Bénoïc, est élevé par la fée Viviane dans un lac magique — près de Brocéliande.

Le Petit Peuple et l'Ankou

L'imaginaire breton est peuplé de créatures surnaturelles transmises par la tradition orale :
• les korrigans : petits êtres du Petit Peuple, lutins espiègles, parfois méchants, qui dansent les nuits de pleine lune autour des dolmens ; ils auraient construit les dolmens mêmes ;
• les fées : Viviane (Brocéliande), Morgane (Val sans Retour), Mélusine (mêre des Lusignan, mais aussi des comtes d'Anjou voisins) ;
• les lavandières de la nuit : revenantes qui lavent leur linceul au bord des lavoirs à minuit, dangereuses à rencontrer ;
• surtout, l'Ankou : célèbre figure de la Mort en Basse-Bretagne, représenté en squelette tenant une faux sur une charrette grinçante (le karrig an Ankou) ; entendre sa charrette la nuit annonce la mort prochaine d'un proche. L'Ankou est sculpté sur de nombreux ossuaires d'enclos paroissiaux et à La Roche-Maurice il porte cette célèbre inscription : « Je vous tue tous ». Anatole Le Braz a recueilli ces traditions dans sa Légende de la Mort (1893).

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Art de vivre, gastronomie, festoù-noz

Crêpes, kouign-amann, musique celtique, langue

Si la Bretagne est si présente dans l'imaginaire français et européen, c'est par son art de vivre distinct : une langue propre, une gastronomie reconnaissable entre toutes, une musique vivante et des festivals d'envergure mondiale.

La gastronomie bretonne

La cuisine bretonne tire sa puissance de la mer, du bocage et du blé noir :
• les crêpes (de froment, sucrées) et les galettes (de blé noir/sarrasin, salées) — emblèmes nationaux, servis dans toute crêperie : galette complète (jambon, œuf, fromage), crêpe Suzette, crêpe au beurre salé ;
• le kouign-amann : gâteau breton d'une richesse exceptionnelle, à base de pâte à pain et d'énormes quantités de beurre salé et de sucre — inventé à Douarnenez vers 1860 par le boulanger Yves-René Scordia. Le New York Times l'a célébré en 2012 comme « la plus gourmande des pâtisseries au monde » ;
• le far breton : flan aux pruneaux, ancien « far1e » agricole devenu délicat ;
• les galettes à saint-michel, les palets bretons, les caramels au beurre salé ;
• les fruits de mer : huîtres de Cancale (au sud-est du Mont-Saint-Michel), huîtres de Belon (rivière du Belon), coquilles Saint-Jacques de la baie de Saint-Brieuc, langoustines du Guilvinec ;
• le cotriade : bouillabaisse bretonne (mais sans safran ni rouille), comme on en mange dans tous les ports atlantiques ;
• les boissons : le cidre breton (AOC Cornouaille, Royal Guillevic, IGP Bretagne), le chouchen (hydromel breton très alcoolisé), la biere Coreff (Morlaix), le lambig (eau-de-vie de cidre).

Le fest-noz, UNESCO depuis 2012Le fest-noz (littéralement fête de nuit en breton) est une tradition de bal communautaire où tout le monde danse en farandoles, gavottes, hanter-dro, plinn, dans-tro — danses traditionnelles en chaîne ou en rond — au son du biniou (cornemuse bretonne), de la bombarde, de la chant a-cappella en breton, de l'accordéon, parfois de la guitare électrique. Le fest-noz, longtemps moribond, a été relancé dans les années 1950 par Loïc et Polig Monjarret et par le mouvement Bodadeg ar Sonerien. Il a reçu en 2012 l'inscription au patrimoine culturel immatériel de l'UNESCO : c'est l'une des rares pratiques culturelles françaises ainsi reconnues, témoignage d'une vivacité communautaire bretonne unique.

Le biniou-bombarde, le kan ha diskan (chant a cappella en alternance), les bagads (orchestres bretons inspirés des pipe bands écossais) avec leurs concours annuels à Lorient et Quimper, et la musique celtique internationale (Alan Stivell dès 1971, Tri Yann, Soldat Louis, Nolwenn Leroy, Denez Prigent, Cécile Corbel) ont diffusé la culture musicale bretonne dans le monde entier. Le Festival Interceltique de Lorient (depuis 1971, 700 000 spectateurs en août) accueille les délégations des sept nations celtes : Bretagne, Pays de Galles, Écosse, Irlande, Cornouailles britanniques, Galice (Espagne), Asturies. Les Vieilles Charrues de Carhaix (depuis 1992, juillet, ~280 000 spectateurs sur 4 jours) sont devenues le plus grand festival de musique de France.

La langue brétonnante

Le brétonnant (en breton brezhoneg) est l'une des six langues celtiques modernes survivantes (avec le gallois, l'irlandais, le gaélique écossais, le mannois et le cornique réressuscité). C'est une langue celtique brittonique — très proche du gallois et du cornique, et éloignée du gaélique irlandais. Elle est divisée en quatre dialectes : cornouaillais (sud-ouest), léonard (nord-ouest), trégorrois (nord), vannetais (sud, le plus différent). Le brétonnant a connu un recul vertigineux au XXe siècle : ~1 100 000 locuteurs en 1950, environ 200 000 aujourd'hui, principalement des personnes âgées. Mais l'enseignement bilingue Diwan (créé 1977, écoles immersives), le bilingue de l'Office public de la langue bretonne, et les classes bilingues des écoles publiques et catholiques garantissent une transmission renouvelée aux jeunes générations. Le gallo, langue gallo-romane (proche du français avec un fort substrat celtique), est parlé en Haute-Bretagne (Ille-et-Vilaine, est des Côtes-d'Armor, Loire-Atlantique).

La Bretagne a tout : une mer immense et mêlée d'îles, des falaises et des plages, des landes et des bois, des rivières et des fleuves, des villes anciennes et des forteresses, des cathédrales et des chaumières, des langues, des musiques, des légendes, des saints — et un caractère.

— Pierre-Jakez Hélias, Le Cheval d'orgueil (1975)
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Carte — la Bretagne

Capitales, côtes, cathédrales, mégalithes

La carte parcourt les quatre départements bretons : préfectures et grandes villes, stations balnéaires majeures (Saint-Malo, Granit Rose, Belle-Île, Quiberon), patrimoine religieux (cathédrales et enclos paroissiaux), sites mégalithiques de Carnac et Barnenez, cités médiévales (Fougères, Dinan, Vitré, Locronan).

Préfectures & grandes villes
Côtes & balnéaire
Cathédrales & enclos
Mégalithes & préhistoire
Cités médiévales