Histoire de France · Bas Moyen Âge · France, Angleterre & Bourgogne

La Guerre de Cent Ans

Des crises de succession capétienne à Castillon · 1337–1453

1337 – 1453 Un siècle
de guerres,
de crises et d'État

La guerre de Cent Ans n'est pas une guerre continue de cent ans, mais une longue série de conflits, de trêves et de reprises de guerre entre les royaumes de France et d'Angleterre. Elle commence par une querelle dynastique et féodale autour de la couronne de France et de la Guyenne, puis devient une crise générale du royaume : défaites militaires, peste noire, révoltes sociales, guerre civile entre Armagnacs et Bourguignons, intervention décisive de Jeanne d'Arc et, finalement, reconstruction monarchique autour de Charles VII.

Repères essentiels 1337 – 1453

1337Confiscation de la Guyenne par Philippe VI · Édouard III revendique la couronne
1346–1347Crécy puis prise de Calais · supériorité tactique anglaise
1356Poitiers · Jean II le Bon capturé par le Prince Noir
1360Traité de Brétigny · apogée des concessions françaises
1364–1380Charles V et Du Guesclin · redressement par la guerre d'usure
1415Azincourt · désastre français au cœur de la guerre civile
1420Traité de Troyes · le dauphin Charles est déshérité
1429Jeanne d'Arc · Orléans et sacre de Reims
1435Traité d'Arras · réconciliation entre Charles VII et Philippe le Bon
1453Castillon · fin militaire du conflit · perte anglaise de la Guyenne

Les origines du conflit — Dynastie, Guyenne et rivalités féodales

Les causes profondes
SuccessionExtinction des Capétiens directs en 1328
GuyenneFief anglais relevant théoriquement du roi de France
FlandreÉconomie textile liée à la laine anglaise
FiscalitéGuerre longue nécessitant des impôts réguliers
PrestigeConcurrence entre monarchies chevaleresques

En 1328, Charles IV le Bel meurt sans fils. La branche directe des Capétiens, qui régnait depuis Hugues Capet, s'éteint. Les grands du royaume choisissent Philippe VI de Valois, cousin des derniers rois. Ce choix est conforme à l'intérêt politique français : éviter qu'un souverain étranger ne devienne roi de France.

Mais Édouard III d'Angleterre, petit-fils de Philippe le Bel par sa mère Isabelle de France, estime avoir des droits supérieurs. Les juristes français affirment alors progressivement le principe qui deviendra la loi salique : une femme ne peut ni régner ni transmettre le droit au trône. Ce principe n'est pas seulement juridique ; il protège l'indépendance du royaume contre la monarchie anglaise.

La querelle dynastique ne suffit pourtant pas à expliquer la guerre. Le vrai nœud est féodal : le roi d'Angleterre possède la Guyenne comme duc d'Aquitaine, donc comme vassal du roi de France. Il est souverain en Angleterre, mais subordonné en France. Chaque conflit local en Aquitaine peut donc devenir une crise internationale. En 1337, Philippe VI confisque la Guyenne ; Édouard III réplique en revendiquant la couronne de France. La guerre commence.

Un conflit médiéval devenu guerre d'État

Au départ, la guerre reste enracinée dans la logique féodale : hommage, suzeraineté, succession et fiefs. Mais sa durée transforme les monarchies. Pour financer armées, garnisons et diplomatie, les rois doivent lever des impôts plus réguliers, créer des administrations spécialisées et négocier avec les assemblées représentatives. La guerre de Cent Ans contribue ainsi à faire passer la France d'une monarchie féodale à un État royal plus administratif.

Première phase — Les grands succès anglais jusqu'à Brétigny

Édouard III d'Angleterre
Roi d'Angleterre · Prétendant au trône de France · fondateur de la stratégie anglaise
1312 – 1377 · règne 1327–1377

Édouard III transforme une crise de suzeraineté en guerre de prestige. Il sait que l'Angleterre ne peut pas occuper durablement tout le royaume de France : elle est moins peuplée, moins riche et dispose de moyens administratifs limités. Sa stratégie consiste donc à frapper fort, à ravager les campagnes, à affaiblir les finances françaises et à contraindre le roi de France à négocier.

Les armées anglaises excellent dans les chevauchées, raids rapides et destructeurs destinés à ruiner le pays, à humilier le roi incapable de protéger ses sujets et à forcer une bataille. Les archers armés du longbow jouent un rôle décisif : leur cadence de tir et leur discipline rendent les charges de chevalerie extrêmement coûteuses.

Titre revendiquéRoi de France à partir de 1340
Arme cléLongbow anglais · archers disciplinés
StratégieChevauchées · batailles défensives · concessions territoriales
VictoireCrécy, 26 août 1346
BaseCalais, prise en 1347

⚔ L'Écluse, Crécy, Calais, Poitiers : la crise militaire française

La première phase du conflit est dominée par une série d'échecs français. En 1340, la flotte française est détruite à L'Écluse, ce qui permet aux Anglais de garder l'initiative maritime. En 1346, à Crécy, la chevalerie française, mal coordonnée et trop confiante, se brise sur les archers anglais et une position défensive bien choisie. En 1347, la prise de Calais donne à l'Angleterre une tête de pont durable sur le continent.

La peste noire, à partir de 1348, aggrave la crise : mortalité massive, désorganisation de l'économie, tensions sociales et chute des revenus seigneuriaux. Puis, en 1356, le désastre de Poitiers dépasse encore Crécy : le roi Jean II le Bon est capturé par le Prince Noir. Le roi de France prisonnier devient une arme politique entre les mains de l'Angleterre.

Jean II le Bon
Roi chevalier · capturé à Poitiers · crise de la monarchie française
1319 – 1364 · roi 1350–1364

Jean II incarne encore l'idéal chevaleresque : bravoure personnelle, recherche de l'honneur et prestige nobiliaire. Mais cet idéal se révèle inadapté face à une guerre plus technique, fondée sur l'infanterie, les archers, la discipline et l'économie de moyens. À Poitiers, le roi combat courageusement, mais sa capture provoque l'une des plus graves crises politiques du Moyen Âge français.

Pendant sa captivité, le dauphin Charles doit gouverner un royaume secoué par la révolte d'Étienne Marcel à Paris, la Jacquerie paysanne et les intrigues de Charles le Mauvais, roi de Navarre. Cette crise révèle que la guerre n'est plus seulement militaire : elle met en cause l'autorité royale, l'impôt, la sécurité des campagnes et la cohésion sociale.

Poitiers19 septembre 1356 · roi capturé
CaptivitéLondres · rançon colossale
CrisesÉtienne Marcel · Jacquerie · Navarre
TraitéBrétigny, 1360
Mort1364, en captivité volontaire en Angleterre

Le traité de Brétigny — 1360, l'humiliation sans destruction

Le traité de Brétigny, conclu en 1360, est très dur pour la France. Édouard III renonce provisoirement au titre de roi de France, mais il reçoit une Aquitaine élargie en pleine souveraineté : Guyenne, Poitou, Saintonge, Limousin, Périgord, Angoumois et d'autres territoires. La France doit aussi payer une rançon immense pour son roi.

Pour l'Angleterre, c'est l'apogée de la première phase : elle obtient un vaste ensemble territorial sans avoir à administrer tout le royaume. Pour la France, c'est une humiliation majeure, mais non une fin. Le traité révèle une réalité capitale : la monarchie française peut être gravement affaiblie sans disparaître, parce que le royaume conserve des ressources humaines, fiscales et symboliques considérables.

ActeurCe qu'il obtient ou perdConséquence politique
AngleterreAquitaine élargie, Calais, prestige militaireTriomphe diplomatique d'Édouard III
FranceRançon, pertes territoriales, crise fiscaleNécessité d'une réforme administrative et militaire
Grands princesOccasions d'autonomie et de négociationRenforcement des pouvoirs territoriaux
PopulationsRavages, impôts, insécuritéExigence croissante de protection royale

Charles V — Le redressement méthodique du royaume

Charles V le Sage
Roi administrateur · stratégie d'usure · redressement français
1338 – 1380 · roi 1364–1380

Charles V tire les leçons des défaites. Il comprend que la France ne doit plus accepter les grandes batailles frontales recherchées par les Anglais. Son règne marque un changement décisif : la guerre devient plus rationnelle, plus administrative, plus financière. Le roi s'appuie sur une fiscalité mieux organisée, sur des officiers compétents et sur des capitaines capables de mener une guerre de harcèlement.

Son principal chef militaire est Bertrand du Guesclin, connétable de France. Plutôt que de chercher une revanche spectaculaire, il reprend les places fortes, isole les garnisons anglaises, coupe les communications et évite les pièges tactiques. Cette méthode lente et prudente est extrêmement efficace.

Avènement1364, après la mort de Jean II
CapitaineBertrand du Guesclin
StratégieÉviter les batailles · reprendre les places
RepriseGuerre relancée en 1369
BilanAnglais réduits à quelques bases en 1380

⚜ Une victoire de l'administration autant que des armes

Le redressement de Charles V tient à la combinaison de trois facteurs : la prudence stratégique, le retour de la confiance dans l'autorité royale et la consolidation fiscale. Les impôts de guerre restent impopulaires, mais ils permettent de payer des troupes, de tenir les places fortes et de financer une diplomatie active. À sa mort, en 1380, l'Angleterre ne conserve plus guère que Calais, Bordeaux, Bayonne et quelques zones de Guyenne. La France a prouvé qu'elle pouvait se relever.

Après Charles V — Folie de Charles VI et guerre civile française

La mort de Charles V ouvre une nouvelle période de fragilité. Son fils Charles VI est d'abord mineur, puis il connaît à partir de 1392 des crises de folie qui rendent le gouvernement instable. Les princes du sang se disputent le contrôle du roi, des finances et de l'État. La guerre de Cent Ans se double alors d'une guerre civile.

Les ducs de Bourgogne
Philippe le Hardi · Jean sans Peur · Philippe le Bon · puissance entre France et Empire
XIVe–XVe siècles

La Bourgogne devient un acteur essentiel parce qu'elle n'est pas seulement un duché français. Grâce au mariage de Philippe le Hardi avec Marguerite de Flandre, les ducs contrôlent progressivement un ensemble riche et dispersé : Bourgogne, Flandre, Artois, Franche-Comté, puis des territoires des Pays-Bas. Les villes flamandes donnent aux ducs une puissance financière considérable.

Sous Jean sans Peur, la rivalité avec le parti d'Orléans dégénère. En 1407, il fait assassiner Louis d'Orléans, frère du roi Charles VI. Le royaume se divise entre Bourguignons et Armagnacs. Cette fracture intérieure permet aux Anglais de reprendre l'offensive avec une efficacité redoutable.

Philippe le HardiFrère de Charles V · origine de la puissance bourguignonne
Jean sans PeurAssassinat de Louis d'Orléans, 1407
Philippe le BonAlliance anglaise puis traité d'Arras
ObjectifConstruire un État autonome entre France et Empire

◆ La Bourgogne n'est pas seulement un « parti » français

Les ducs de Bourgogne défendent une politique propre. Leur alliance avec l'Angleterre ne signifie pas qu'ils se considèrent anglais ; elle leur permet de peser face aux Armagnacs et d'élargir leur autonomie. De même, leur réconciliation avec Charles VII en 1435 n'est pas un ralliement sentimental : elle correspond à un calcul d'intérêt. Pendant toute la fin de la guerre, la Bourgogne agit comme une puissance quasi souveraine.

Henri V — Azincourt et le retour de l'ambition anglaise

Henri V d'Angleterre
Vainqueur d'Azincourt · conquête de la Normandie · traité de Troyes
1386 – 1422 · roi 1413–1422

Henri V profite de la division française. Il reprend la revendication anglaise sur la couronne de France, mais avec un sens politique plus direct que ses prédécesseurs : conquérir des territoires, s'installer en Normandie et obtenir une reconnaissance dynastique. Son débarquement de 1415 ouvre la phase la plus dramatique du conflit pour la monarchie française.

À Azincourt, le 25 octobre 1415, l'armée française, beaucoup plus nombreuse mais mal engagée dans un terrain boueux et étroit, est écrasée par l'infanterie et les archers anglais. La noblesse française subit des pertes immenses. Militairement, la bataille répète Crécy et Poitiers ; politiquement, elle est plus grave encore, car elle intervient dans un royaume divisé par la guerre civile.

DébarquementNormandie, 1415
VictoireAzincourt, 25 octobre 1415
ConquêteNormandie, 1417–1419
TraitéTroyes, 1420
Mort1422, avant Charles VI

⚔ Azincourt : victoire tactique, catastrophe politique française

Azincourt est souvent présenté comme le triomphe du longbow. C'est exact, mais incomplet. La victoire anglaise tient aussi au choix du terrain, à la discipline des troupes, à l'épuisement français, à l'encombrement de la chevalerie et à l'incapacité des grands seigneurs français à coordonner l'assaut. Après la bataille, Henri V peut apparaître comme l'arbitre d'un royaume français incapable de se gouverner lui-même.

Le traité de Troyes — 1420, le moment le plus dramatique

En 1419, Jean sans Peur est assassiné sur le pont de Montereau lors d'une rencontre avec le dauphin Charles. Pour son fils Philippe le Bon, cet assassinat rend impossible une réconciliation immédiate avec les Armagnacs. Il choisit donc l'alliance anglaise.

Le traité de Troyes de 1420 reconnaît Henri V comme héritier du royaume de France. Il épouse Catherine de Valois, fille de Charles VI. Le dauphin Charles est déshérité. Pour les Anglais, c'est un triomphe diplomatique : la double monarchie franco-anglaise semble possible. Pour les Bourguignons, c'est une revanche contre les Armagnacs. Pour le dauphin, c'est une menace existentielle.

Le conflit devient alors autant une guerre de légitimité qu'une guerre de territoires : qui est le vrai roi de France ?

— Le cœur politique de la crise de 1420–1429

1422 : deux rois pour un royaume

En 1422, Henri V et Charles VI meurent à quelques semaines d'intervalle. Les Anglais et les Bourguignons reconnaissent le jeune Henri VI comme roi de France et d'Angleterre. Les partisans du dauphin proclament Charles VII, qui ne contrôle surtout que le centre et le sud du royaume. Ses adversaires l'appellent ironiquement le « roi de Bourges ». La monarchie française semble réduite à une prétention fragile.

Jeanne d'Arc — Le retournement psychologique et symbolique

Jeanne d'Arc
Orléans · Reims · légitimité de Charles VII · martyr de Rouen
vers 1412 – 1431

Jeanne d'Arc intervient à un moment où la cause de Charles VII paraît compromise. En 1429, les Anglais assiègent Orléans, verrou stratégique de la Loire. Si la ville tombe, la route du sud s'ouvre. Jeanne convainc Charles VII de lui confier une mission : lever le siège et conduire le roi à Reims.

La levée du siège d'Orléans a un effet psychologique immense. Elle ne règle pas tout militairement, mais elle brise l'idée d'une victoire anglaise inévitable. Le sacre de Reims donne ensuite à Charles VII une légitimité sacrée que le traité de Troyes cherchait à lui retirer. Le conflit change de nature : Charles VII n'est plus seulement un prétendant réfugié à Bourges, il est le roi sacré selon la tradition capétienne.

Capturée en 1430 par les Bourguignons devant Compiègne, Jeanne est livrée aux Anglais, jugée à Rouen et brûlée vive en 1431. Sa mort ne stoppe pas le redressement français. Au contraire, son souvenir devient un puissant symbole de légitimité, de fidélité au royaume et de refus de la domination étrangère.

OrigineDomrémy, aux marges de la Lorraine
OrléansSiège levé en mai 1429
ReimsSacre de Charles VII, 17 juillet 1429
CaptureCompiègne, 1430
MortRouen, 30 mai 1431

⚜ Orléans et Reims : deux victoires de nature différente

Orléans est une victoire militaire et psychologique : elle sauve le verrou de la Loire. Reims est une victoire symbolique : elle restaure la continuité monarchique française. Jeanne d'Arc ne gagne pas seule la guerre de Cent Ans ; mais elle provoque le basculement moral qui permet à Charles VII de redevenir un roi capable de rassembler et de gouverner.

La Bourgogne change de camp — Le traité d'Arras de 1435

Philippe le Bon n'est pas un simple allié des Anglais. Son objectif est de renforcer la puissance bourguignonne entre France et Empire. L'alliance anglaise lui a été utile après l'assassinat de son père, mais elle devient moins profitable lorsque la position de Charles VII se renforce et que la domination anglaise paraît moins assurée.

Le traité d'Arras de 1435 marque un tournant. Philippe le Bon se réconcilie avec Charles VII. En échange, il reçoit d'importantes concessions et une grande autonomie. Pour les Anglais, c'est un désastre stratégique : ils perdent le principal allié qui rendait possible leur domination du nord de la France. Pour Charles VII, c'est le début de la reconquête véritable.

◆ Arras : la diplomatie avant la victoire militaire

Le traité d'Arras montre que la guerre se gagne aussi par la diplomatie. Charles VII n'a pas encore reconquis Paris, la Normandie ou la Guyenne, mais il a isolé politiquement les Anglais. La monarchie française reprend l'avantage parce qu'elle redevient le centre de gravité autour duquel les princes peuvent négocier.

Charles VII et la reconquête — Armée permanente, fiscalité et artillerie

Charles VII
Le « roi de Bourges » devenu restaurateur de l'État royal
1403 – 1461 · roi 1422–1461

Charles VII est longtemps sous-estimé par ses adversaires. Pourtant, après 1435, il mène une reconstruction politique et militaire décisive. Son règne transforme les ressources du royaume en instruments durables : fiscalité plus stable, compagnies d'ordonnance, francs-archers, artillerie royale et meilleure discipline des forces armées.

Ces réformes sont fondamentales. Les compagnies d'ordonnance constituent l'une des premières armées permanentes d'Europe occidentale. La taille devient un impôt royal régulier. L'artillerie, notamment grâce aux frères Bureau, donne aux Français une supériorité dans les sièges et dans les dernières batailles. Le roi n'est plus seulement le suzerain féodal : il devient le chef d'un appareil militaire et fiscal plus moderne.

SacreReims, 1429
Paix politiqueArras, 1435
ParisRetour à l'obéissance royale, 1436
ArméeCompagnies d'ordonnance · francs-archers
FinCastillon, 1453 · Guyenne reconquise

🏛 Les réformes qui changent la monarchie française

La victoire finale n'est pas seulement due à Jeanne d'Arc ou à la lassitude anglaise. Elle repose sur une transformation profonde : le roi dispose enfin d'une fiscalité durable et d'une force armée plus permanente. Cette évolution annonce la monarchie de Louis XI, qui poursuivra la réduction des grandes principautés et l'affirmation d'un pouvoir royal plus centralisé.

Paris, Normandie, Guyenne : la reconquête par étapes

Paris revient dans l'obéissance de Charles VII en 1436. La Normandie est reconquise entre 1449 et 1450. La bataille de Formigny confirme la supériorité française et entraîne la perte de l'une des plus précieuses conquêtes anglaises. La dernière phase se joue en Guyenne, région longtemps attachée aux liens commerciaux avec l'Angleterre, notamment par le vin de Bordeaux.

Castillon — 1453, la fin militaire de la guerre

⚔ La bataille de Castillon : l'artillerie royale décide

En 1453, l'armée anglaise commandée par John Talbot tente de reprendre l'initiative en Guyenne. À Castillon, les Français utilisent une position fortifiée et une artillerie puissante. Les Anglais attaquent et subissent une défaite décisive. Talbot est tué. Bordeaux se rend peu après. Les Anglais ne conservent plus que Calais, qu'ils garderont jusqu'en 1558.

Castillon est souvent considérée comme l'une des premières grandes batailles d'Europe où l'artillerie joue un rôle déterminant. Elle symbolise le passage d'une guerre dominée par la chevalerie et les archers à une guerre d'État, de fortifications, de canons, d'impôts et d'armées permanentes.

Les trois points de vue à la fin du conflit

Point de vue français

La guerre est une épreuve fondatrice. Le royaume a failli s'effondrer après Poitiers, Azincourt et Troyes, mais il en sort plus unifié, plus fiscalisé et plus monarchique. Charles VII transmet à Louis XI un État restauré.

Point de vue anglais

Les victoires de Crécy, Poitiers et Azincourt donnent l'illusion d'une domination possible. Mais l'Angleterre n'a pas les moyens démographiques et administratifs de tenir durablement le royaume de France. Après 1453, elle perd presque tout sauf Calais.

Point de vue bourguignon

Les ducs de Bourgogne utilisent la crise pour bâtir une puissance autonome entre France et Empire. Leur politique est d'abord bourguignonne : alliance anglaise quand elle sert leurs intérêts, réconciliation française quand l'équilibre change.

Après 1453 — La guerre des Deux-Roses en Angleterre

La fin de la guerre de Cent Ans a des conséquences opposées en France et en Angleterre. En France, elle renforce Charles VII, l'administration royale et l'armée permanente. En Angleterre, elle provoque une crise de prestige : qui a perdu la France ?

Le roi Henri VI, fils du vainqueur d'Azincourt, est pieux et pacifique, mais il manque d'énergie politique. En 1453, l'année même de Castillon, il connaît une grave crise mentale. Les rivalités entre grands lignages s'aggravent, notamment entre la maison de Lancastre et la maison d'York. La défaite continentale prive la noblesse anglaise de butin, de commandements et d'un objectif extérieur commun.

🌹 De Castillon à Saint Albans

En 1455, la première bataille de Saint Albans ouvre la guerre des Deux-Roses. La guerre civile anglaise ne découle pas mécaniquement de la défaite en France, mais celle-ci détruit le prestige des Lancastre, fait revenir des soldats démobilisés, alimente les accusations contre les favoris royaux et donne aux York une crédibilité nouvelle. La France sort renforcée de la guerre ; l'Angleterre entre dans trente années de guerre dynastique, jusqu'à la victoire d'Henri Tudor à Bosworth en 1485.

Chronologie synthétique

1328

Mort de Charles IV. Extinction des Capétiens directs ; Philippe VI de Valois est choisi roi.Origine

1337

Confiscation de la Guyenne par Philippe VI ; Édouard III revendique la couronne de France.Début

1346

Crécy. Désastre de la chevalerie française face aux archers anglais.Victoire anglaise

1347

Calais est prise par les Anglais et devient une base stratégique durable.Base

1356

Poitiers. Jean II le Bon est capturé ; crise politique française.Crise

1360

Traité de Brétigny. Aquitaine élargie accordée à l'Angleterre ; humiliation française.Traité

1364–1380

Charles V redresse le royaume avec Du Guesclin et une stratégie d'usure.Redressement

1407

Assassinat de Louis d'Orléans par les hommes de Jean sans Peur ; guerre civile Armagnacs-Bourguignons.Guerre civile

1415

Azincourt. Nouvelle catastrophe militaire française ; Henri V reprend l'avantage.Azincourt

1420

Traité de Troyes. Henri V reconnu héritier du royaume ; le dauphin Charles est déshérité.Troyes

1429

Jeanne d'Arc fait lever le siège d'Orléans et conduit Charles VII au sacre de Reims.Reims

1435

Traité d'Arras. Philippe le Bon se réconcilie avec Charles VII ; les Anglais sont isolés.Arras

1436

Paris revient dans l'obéissance royale.Reconquête

1450

Formigny. La Normandie est reconquise.Normandie

1453

Castillon. Défaite anglaise en Guyenne ; fin militaire de la guerre de Cent Ans.Fin

1455

Saint Albans. Début de la guerre des Deux-Roses en Angleterre.Deux-Roses

Bilan — Une guerre fondatrice de l'État monarchique

La guerre de Cent Ans est bien plus qu'un affrontement franco-anglais. Elle transforme durablement l'Europe occidentale. Pour les Anglais, elle commence comme une guerre de droits dynastiques et de défense des possessions continentales ; elle se termine par la perte presque totale de l'héritage Plantagenêt en France. Pour les Français, elle est une suite de catastrophes puis de redressements qui renforcent paradoxalement la monarchie.

La France de 1453 n'est plus celle de 1337. Elle a subi la peste, les chevauchées, les défaites, les révoltes, la guerre civile et la déshéritation du dauphin. Mais elle possède désormais une armée plus permanente, une fiscalité plus stable, une administration plus efficace et un sentiment plus net d'appartenance au royaume. Le règne de Louis XI pourra s'appuyer sur cet héritage pour affronter la Bourgogne de Charles le Téméraire et poursuivre la construction de la monarchie française.

🏛 L'héritage majeur

La guerre de Cent Ans prépare la fin du Moyen Âge féodal et l'affirmation des monarchies nationales. Elle accélère le recul de la chevalerie comme force militaire dominante, renforce les impôts royaux, favorise l'artillerie et les armées permanentes, et impose aux rois la nécessité de gouverner avec des instruments administratifs plus solides. En ce sens, Castillon annonce déjà la France de Louis XI et, au-delà, la monarchie de la Renaissance.